La guerre, pas en notre nom...

Un appel des mouvements non-violents suite à la déclaration de guerre de la France
lundi 30 novembre 2015
par  MAN
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Quelques heures après les attentats de Paris du 13 novembre 2015, le Président français a déclaré que "la France est en guerre" et deux jours plus tard, l’aviation française intensifiait ses bombardements en Syrie. Parallèlement, le Parlement votait l’instauration sur le territoire français de l’état d’urgence pour une durée de trois mois.

Nous ne nous reconnaissons pas dans ce discours belliciste : une telle réponse n’apportera pas la paix, mais renforcera l’insécurité. Cette guerre ne se fait pas en notre nom !

Face à l’horreur des attentats, nous restons plus que jamais mobilisés pour combattre le terrorisme et ses causes. La société civile doit se mobiliser pour défendre et renforcer la démocratie, par la solidarité et la justice. Les mesures de sécurité doivent rester dans le cadre démocratique.

Ces déclarations sur la situation de guerre de la France ont pour effets de renforcer la peur, la paralysie et le sentiment d’impuissance de la société civile. Au contraire, des gestes quotidiens de solidarité et des démarches collectives renforcent la cohésion sociale et permettent aux citoyens de dépasser la peur.

Le terrorisme se développe notamment sur le terreau des régimes dictatoriaux, du fondamentalisme mais aussi de l’injustice sociale et d’une mauvaise répartition des richesses. C’est sur ces causes diverses et multiples que nous devons agir.

C’est en renforçant la démocratie que nous lutterons contre la violence, pas en nous installant dans un sentiment et des actes de guerre.

Premières signatures :
Communauté de l’Arche, non-violence et spiritualité
Mouvement pour une Alternative Non-violente (MAN)
Mouvement International de la Réconciliation (MIR) - branche française
Attac-France
Gardarem lo Larzac, le journal du Larzac solidaire
Génération médiateurs
Réseau Espérance
Union pacifiste de France (UPF)
Church and Peace
MOC_(décroissanceS)
Gandhi International
MOC Nancy
Les Quakers en France
Journal S !lence

Rejoignez nous en signant le texte sur le site change.org


Commentaires

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lundi 21 décembre 2015 à 23h46 - par  Caffet

Merci d’avoir bien voulu poursuivre ce débat.

Certes notre mouvement est ouvert aux avis contradictoires et ne pratique pas l’exclusion, ce serait un comble ! N’empêche qu’à se sentir un peu seul à émettre des positions qui peuvent apparaître comme allant "à contre courant" ou transgressant les règles du "non-violemment correct", on aurait vite fait de se sentir marginal voire même en dehors... comme si on s’excluait soi-même ! Et il n’est pas toujours très confortable de miser trop longtemps sur un vague sentiment d’avoir dit tout haut ce que d’autres doivent bien penser aussi... mais tout bas ! Au bout d’un moment on éprouve le besoin d’en avoir la certitude. Or sur ce point votre réponse ne m’a pas complètement rassuré... Puissent d’autres voix se faire entendre dans ce forum et venir briser ce sentiment de solitude !...

Je comprends bien votre argument expliquant que dans une démarche collective d’approbation d’un texte aux côtés d’autres organisations signataires, il faille faire des compromis, l’essentiel étant de veiller à ce que ce qui est écrit ne vienne pas en contradiction avec nos grandes orientations, quitte à accepter que ce soit quelque peu incomplet. Je suis d’accord, il faut parfois savoir faire preuve de souplesse pour faire cause commune. Mais alors pourquoi dans l’annonce de cette pétition qui figure en page d’accueil du site du MAN, celui-ci enfonce-t’il le clou et montre bien qu’il se reconnait pleinement dans ce texte sans aucune hésitation et sans nuance ?! N’aurait-il pas pu au moins dans ce préambule préciser davantage sa position par rapport à un texte trop imprécis à son goût ? Non il ne le fait pas et du coup, j’insiste et je le déplore, je ne suis pas certain que le mouvement soit disposé à reconnaître, dans la situation extrême que nous connaissons aujourd’hui, les limites de la NV ou au minimum, qu’il n’a pas de réponse toute faite à apporter en admettant alors dans la foulée que pour l’heure le recours à la force armée est incontournable. Pardonnez-moi si je me montre aussi pointilleux sur cette question. Il y va selon moi de la crédibilité du mouvement et de la NV. Je pense en effet qu’à défaut d’admettre humblement cette limite, le MAN prête le flan à la critique et donne le sentiment qu’il se dérobe tout en s’accommodant secrètement du recours à la violence (qu’il confie à d’autres...) tout en faisant montre de ses principes vertueux. Une telle attitude, même si elle n’est pas délibérée et ne correspond sans doute pas à la réalité dans les intentions, je veux bien le croire, ne peut que s’apparenter à de la lâcheté aux yeux de l’opinion. Or, comme disait Gandhi, s’il fallait choisir entre la lâcheté et la violence... Vous connaissez la suite.

Je ne vais pas reprendre ici les arguments que vous développez encore une fois dans votre réponse et qui préconisent fondamentalement de s’attaquer aux causes de la barbarie à laquelle nous assistons, arguments auxquels je souscris pleinement bien sûr comme je l’ai déjà dit. C’est un travail qui nous mobilise tous les jours depuis les débuts du MAN aux côtés d’autres mouvements poursuivant le même idéal et qui nous mobilisera encore pour longtemps ! Comme vous le rappelez en citant ANV n° 176 "les réponses non-violentes concrètes ne sont pas toutes dans les livres, elles sont à inventer en fonction de contextes nouveaux". Oui, 3 fois oui, mais seulement, avons-nous vraiment le temps et le "loisir" de "compléter cette réflexion et tenter d’assortir nos protestations de propositions constructives" AVANT la prochaine offensive de Daech ? Evidemment non. Et d’autre part je ne vois pas pourquoi le fait d’accepter, contraints et forcés, en pareille circonstance, l’option militaire et policière signifierait que nous renions et abandonnons tout ce travail de fond et de longue haleine. Bien au contraire.

Quant à la totale efficacité de cette option je veux bien qu’on en doute, mais si elle peut avoir pour effet d’affaiblir sensiblement l’EI, comme cela semble être le cas, et l’empêcher de progresser, et mieux, de se doter très rapidement d’armes de destruction massive, chimiques, bactériologiques voire radioactives, il n’y a pas à hésiter. C’est même un devoir.

Loin de moi la prétention de vouloir donner des leçons. J’essaie simplement de faire preuve de bon sens et de clairvoyance.

Une chose est sûre, dans cette épreuve, le point de vue avisé du Général de Bollardière nous manque terriblement !

Fratenellement
Jean-Marc

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dimanche 20 décembre 2015 à 22h42 - par  man normandie

D’abord, rappelons que notre mouvement n’est pas un parti où l’on exclut ceux qui ne sont pas dans la ligne officielle, mais un espace de débat, où les désaccords nous invitent à creuser, approfondir, nuancer et enrichir notre discours. Donc merci aux contributeurs, merci à Jean-Marc !

Nous sommes plusieurs, dans l’équipe d’animation de notre groupe à trouver incomplet le texte « La guerre, pas en notre nom ». Précisons qu’un texte cosigné entre plusieurs mouvements est toujours un compromis… L’essentiel c’est qu’il n’énonce pas de contradiction avec nos grandes orientations. À nous de compléter cette réflexion, à tenter d’assortir nos protestations de propositions constructives. Mais là, comme le suggère le titre de la revue ANV n°176, les réponses non-violentes concrètes ne sont pas toutes dans les livres, elles sont à inventer ensemble en fonction de contextes nouveaux !

La non-violence nous invite à prendre du recul : « La culture qui domine nos sociétés est structurée par l’idéologie de la violence nécessaire, légitime et honorable. Désarmer le terrorisme, c’est d’abord désarmer cette idéologie », estime Jean-Marie Muller. Refuser la violence ne signifie pas nier le conflit, ou ne rien faire, mais proposer d’autres voies pour y répondre. « Pour vaincre le terrorisme, ce n’est pas la guerre qu’il faut faire mais la justice qu’il faut construire », insiste-t-il. Dans son dossier, la revue Alternatives non-violentes rappelle que « l’histoire récente n’enregistre aucun cas dans lequel une lutte armée aurait su transformer un régime », et pointe au contraire l’efficacité de la lutte non-violente, « qui est deux fois plus susceptible de mener ses auteurs à leur but que l’action armée ». Mais, nous écrit Alain Cantais, sympathisant du MAN Normandie, combien sommes-nous à proposer d’autres formes de relations internationales, d’autres formes d’intégration et d’éducation ? Combien sommes-nous à ne pas nous laisser intoxiquer par les médias au service de la guerre et des marchands de canons ? Trop peu encore...

« Arrêtons l’angélisme face aux monstres ! » disent d’autres commentateurs. Priver Daech d’armes, de ses ressources en pétrole, en équipement et argent est sans doute une piste incontournable… Daech est très riche et ses combattants dispersés en des ramifications complexes dans plusieurs pays ! Des bombes ne vont pas suffire…, des militaires expliquent que la solution se trouverait par un combat au sol et d’autres estiment au contraire que des interventions au sol ne régleraient rien, s’éterniseraient, car elles opposeraient les troupes à des combattants de terrain utilisant les techniques du maquis et des formes non-conventionnelles de combat. Par ailleurs, les bombardements sur des positions de Daech ont pour conséquence que ses combattants se dispersent actuellement dans des villes et villages de Syrie encore épargnés par Daech, transformant des maisons en boucliers humains, y semant la peur parmi les habitants, lesquels sont enclins à devenir de futurs réfugiés au Liban et ailleurs. Est-ce cela que nous souhaitons ?

Police
La non-violence incite aussi à empêcher de nuire. Mais cela devrait être la fonction d’une police internationale si l’on veut éviter la spirale belliqueuse et mimétique : « Ces m…, nous les aurons jusqu’au dernier ! ». (m… signifiant monstres ou mécréants, question de camp !). Une police internationale, en lien avec une Justice internationale, doit être au centre de notre réflexion pour éviter toute guerre.
Par ailleurs, quand notre police met fin à une tuerie, nous pouvons nous dire soulagés et la féliciter. Mais si la police n’a pas réussi à empêcher de nuire sans tuer, nous ne pouvons pas nous réjouir de la mort des assassins. Sinon, nous contribuons au cercle infernal de la violence.

Contre Daech
Certains d’entre nous pensent qu’il existe peut-être une solution militaire rapide contre Daech, d’autres estiment au contraire que Daech cessera de nuire là-bas et ici quand d’autres moyens non guerriers verront le jour. Qu’a fait la France toutes ces dernières années pour développer l’Intervention Civile de Paix ? Comme le rappelle une porte-parole du MAN, Yvette Bailly, dans son article (La Croix, 18 décembre 2015), il faut dès maintenant intensifier le démantèlement de tous les trafics, notamment des armes, qui alimentent des marchés mafieux. La non-violence n’exclut pas la fonction de police et la sanction lorsqu’il y a transgression de la loi. Il est urgent dans notre pays de faire régner le droit dans les prisons, d’y développer la formation des surveillants, de juguler l’endoctrinement, d’éviter la surpopulation carcérale, de développer des alternatives axées sur la responsabilisation, le soin et la réinsertion dans la vie active. L’article d’Yvette Bailly insiste aussi sur les questions d’éducation, d’aide aux parents, de formation à la régulation des conflits et des émotions. Elle rappelle que la multiplication de gestes quotidiens de solidarité, les démarches collectives et le renforcement de la vie démocratique permettent de dépasser ses peurs et de rendre utiles ses colères.

Nous pensons comme Yvette que de tels actes barbares peuvent se reproduire car aucun dispositif sécuritaire n’empêchera ici ou là un groupe déterminé à les commettre. Travailler sur les causes est donc une nécessité absolue.

Continuons le débat ! Bien cordialement
L’équipe d’animation du MAN Normandie

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dimanche 6 décembre 2015 à 10h30 - par  Caffet

Je voudrais compléter mon commentaire précédent dans lequel je souhaite que l’EI soit mis au plus vite hors d’état de nuire, pour dire que cela me semble d’autant plus urgent qu’il n’est pas à écarter que ce véritable gouvernement en puissance déjà bien organisé et structuré ne se dote au plus vite d’un armement nucléaire à minima dans un premier temps avant de faire "mieux"... Je pense par exemple aux munitions à uranium appauvri ou autre bombinettes de "fabrication artisanale". On parlait il n’y a pas si longtemps de façon ponctuelle de la disparition de quelques kilos d’uranium par-ci, par-là, sur des sites de stockage plus ou moins bien surveillés notamment après le démantèlement de l’empire soviétique et on craignait bien que cela n’approvisionne quelque groupe terroriste. Qu’en est-il aujourd’hui ? Bien malin qui pourrait le savoir avec certitude... En tout cas, selon moi, nul doute que Daech l’envisage sérieusement ! Je rêve ?

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samedi 5 décembre 2015 à 07h47 - par  Caffet

RECONNAÎTRE LES LIMITES DE LA NON-VIOLENCE ET OSER LE DIRE...

Bonjour,

Bien qu’adhérent au MAN depuis sa fondation, signer cette pétition me rend perplexe.

J’entends bien tout ce qui se dit sur le site du mouvement à propos de cette déclaration de guerre prononcée par notre gouvernement, tous les communiqués et commentaires ainsi que le texte de cette pétition. Ce sont là dans toute leur splendeur les principes de base de la non-violence qui sont parfaitement crédibles, oui mais, j’ai envie de dire, A TITRE PREVENTIF. C’est à dire à mettre en oeuvre EN AMONT pour éviter que les situations d’injustice sociale, d’inégalité génératrices de révolte, de violence et par extension de terrorisme ne s’installent. Aujourd’hui, alors que précisément faute d’avoir observé ces principes, nous sommes agressés, et même si quelque part nous nous sentons responsables de cette situation, nous devons bien NOUS DEFENDRE DANS L’URGENCE. Il ne s’agit même pas de vengeance mais simplement de LEGITIME DEFENSE face à des agresseurs sourds et aveugles qui ont perdu la raison et avec lesquels le dialogue est impossible. Il faudrait être fou pour envisager par exemple une intervention civile de paix sur le terrain dans un tel contexte ! La ligne de front est partout, là-bas en Syrie, en Irak et ici dans nos rues. Si les terroristes avaient pu être abattus avant qu’ils ne commencent à tirer et à faire des victimes, nous nous en serions plaint ? J’espère bien que non ! Là-bas, ce sont leurs commanditaires, formateurs et entraîneurs, c’est Daech, qui avance, qui s’étend, qui massacre ceux qui refusent de lui faire allégeance, bref, qui lui aussi attaque à des milliers de kilomètres de chez nous. Et il ne faudrait pas le stopper, le mettre hors d’état de nuire ? Et pour ce faire nous laisse-t’il d’autre choix que de l’anéantir, ici et là-bas ? Il me semble bien avoir compris que non... A partir de là je vous avoue que ça me rassure de voir les frappes aériennes affaiblir sensiblement l’EI en détruisant son armement, ses infrastructures, ses camps d’entraînement, ses centres de formation, ses champs, réserves et transports de pétrole, etc... Oui, ce serait plutôt de nature à apaiser ma peur. D’aucuns disent que ce ne sera pas suffisant et qu’il faudra mettre des troupes au sol. Peut-être, et ce sera alors à l’image des forces de police qui ont fait face aux terroristes chez nous et dont nous avons apprécié le "travail" non ?... Ainsi, vous l’aurez compris, selon moi, cette situation très précise exige qu’ ENTRE LA NON-VIOLENCE INOPERANTE ET LA VIOLENCE NOUS CHOISISSIONS LA VIOLENCE.

Quant à l’état d’urgence... Je pense qu’effectivement il faut être vigilant et veiller aux dérapages, aux dérives et à ce que cela ne se prolonge pas sans raison. Pour cela des gardes fous sont nécessaires ET IL Y EN A, que ce soit dans la société civile mais aussi au niveau gouvernemental. Reconnaissons quand même que cette mesure en simplifiant certaines procédures donne des résultats en permettant de déjouer quelques complots, on l’a vu, et ce ne fut pas pour nous déplaire là encore ! Il est bon que le gouvernement se sente sous haute surveillance lui aussi en la matière. Mais n’en fait-on pas un peu trop ? J’ai du mal à admettre que nos dirigeants actuels puissent être soupçonnés d’être moins vertueux ou moins épris de démocratie que nous. Pour la plupart, je ne pense pas faire preuve de naïveté en postulant que ce sont précisément ces valeurs qui sont à l’origine de leur engagement. Alors dans cette situation si difficile à gérer et au moment où les citoyens vont devoir faire des choix ces jours-ci, j’aimerais parfois qu’on fasse preuve d’un peu plus d’objectivité et de prudence... et qu’on arrête aussi de se faire plaisir en prenant un peu trop systématiquement le contre-pied de la pensée dominante.

J’ai bien conscience que mes propos vont en choquer plus d’un au sein du mouvement. Peut-être que ma conception du réalisme y est maintenant très marginale. Il aura fallu cette "situation de guerre" de forme bien particulière et inédite dans notre pays pour que les limites de la non-violence selon moi, apparaissent au grand jour et que je souhaite que nous sachions les reconnaître. Ce n’est pas la première fois que je m’exprime sur le sujet. Je l’avais déjà fait au moment de l’attaque de Charlie hebdo et également suite au communiqué du MAN lors des premiers massacres de l’EI sur les Chrétiens et Yésidis. Je craignais que le communiqué selon moi trop peu précis ni objectif sur les moyens à mettre en oeuvre pour arrêter cette tragédie ne discrédite le mouvement. Je n’ai jamais eu de retour... Si je vous livre aujourd’hui mon point de vue c’est parceque je crains une fois de plus, peut-être à tort, que le texte de cette pétition ne soit pas très convainquant.

Je ne suis pas un intellectuel et je me dis quelquefois que c’est peut-être mieux comme ça. Mais peut-être n’ai-je plus ma place au sein du mouvement ?

Je ne signerai donc pas cette pétition.

Bien fraternellement
Jean-Marc

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lundi 30 novembre 2015 à 21h50 - par  Nelly Costecalde

Bravo. Que cet appel circule et soit largement signé.

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