Le manifeste du MAN

Texte fondateur du mouvement
mercredi 30 novembre 2011
par  Serge
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Le MAN s’est crée autour du Manifeste pour une Alternative Non-violente. Charte de nos valeurs, ce texte évolue au fil des années.
Lors du Conseil Inter Groupe de novembre 2011 nous avons validé une nouvelle version.

Manifeste pour une Alternative Non-violente

I

Nous refusons la fatalité des violences qui semble peser sur l’Histoire. Mais au-delà du rejet de cette violence, nous voulons développer une culture de non-violence, respectueuse de chacun des humains et de leur environnement. Cette volonté nous engage dans la dynamique et la pratique de la non violence.

II

La violence prend de multiples formes : non satisfaction des besoins fondamentaux ; précarisation ; violences au sein des familles, de l’école, des quartiers, des entreprises ; guerres, violences économiques, atteintes à l’environnement…
La violence ne saurait être toujours mise sur le compte de l’intention de nuire ou des pulsions. Elle est souvent utilisée pour remplir des fonctions nécessaires à la société, qu’il s’agisse de défendre la liberté ou de combattre pour la justice. Aussi ne s’agit-il pas tant de condamner les personnes qui ont recours à la violence que de rechercher une alternative à cette violence. La non-violence ne saurait se limiter au seul refus des moyens violents : elle implique la recherche et la mise en œuvre de méthodes visant une réelle efficacité.

III

L’engagement dans la non-violence nous oblige à mettre en lumière les mécanismes qui engendrent la misère, l’oppression, la révolte et la violence. Nous ne situons pas sur le même plan toutes les violences, quelles qu’elles soient et d’où qu’elles viennent : la violence utilisée pour maintenir un état de domination et d’inégalité, et la violence d’opprimés s’efforçant de conquérir ou de restaurer leur dignité et leur liberté. Nous respectons les personnes qui ont choisi cette dernière voie, en prenant pour eux-mêmes les plus grands risques. Sans cautionner leur choix, nous comprenons pourquoi certains groupes réagissent à l’injustice par la violence, mais nous pensons qu’à long terme, la non-violence est toujours plus efficace que la violence.

IV

Le combat non-violent implique une attention à la dimension politique des événements. Il exige une information permanente, une analyse politique et économique rigoureuse, un projet politique, l’élaboration et la mise en œuvre de méthodes d’action spécifiques. La non-violence ne doit pas s’enfermer dans la contestation. La réalisation de programmes constructifs contribue à l’édification d’une nouvelle société.

V

L’action non-violente vise à interpeller et convaincre l’opinion publique et les protagonistes des conflits. Pour cela, elle entend épuiser les moyens de persuasion. Le moment venu, elle n’hésite pas à recourir à des moyens de pression et de contrainte qui, tout en respectant les personnes, visent à faire évoluer les rapports de forces. Elle est alors la mise en œuvre d’une stratégie capable d’offrir de plus grandes chances à la justice et à la fraternité. L’action non-violente exige un accord profond entre les moyens utilisés et la fin poursuivie, une visée de réconciliation et non de vengeance, et donc le refus de toute parole ou de tout acte qui enfermerait l’adversaire dans sa propre violence et lui offrirait un prétexte pour la justifier.

VI

La résistance non-violente commence par la non-coopération ou la non-collaboration avec les individus, les institutions ou le système qui génèrent les situations dénoncées. Ce principe se fonde sur l’analyse suivante : la force des injustices dans une société vient de ce qu’elles bénéficient de la coopération de la majorité des membres de cette société. Par l’organisation d’actions collectives, nous visons, non pas la prise du pouvoir pour le peuple, mais l’exercice du pouvoir par le peuple. Ce principe conduit à des actions de rupture avec le « désordre établi » pouvant aller jusqu’à la désobéissance civile, lorsque toutes les possibilités offertes par la loi ont été épuisées en vain.

VII

Les guerres ne sont jamais des solutions. Elles engendrent des problèmes supplémentaires avec leur cortège de souffrances, d’exactions et de désir de vengeance. La non-violence s’efforce de rechercher les moyens d’une défense civile non-violente qui permettent à la population d’organiser une véritable résistance en cas d’agression et d’assurer sa sécurité. Le MAN condamne la stratégie de dissuasion nucléaire et la prolifération qui en résulte. Il demande le désarmement nucléaire de la France, non conditionné à l’obtention d’un accord multilatéral. L’Intervention Civile de Paix (ICP) est une intervention non armée en zones de conflits, visant au moins à réduire et si possible à faire cesser la violence, afin de créer les conditions d’une solution politique des conflits entre communautés. L’ICP favorise la construction d’une paix juste et durable.

VIII

Nous dénonçons l’incapacité du système capitaliste à organiser la société selon les exigences de la justice, comme nous avons dénoncé l’incapacité du système socialiste étatique à l’organiser selon les exigences de la liberté. Nous dénonçons les aspects aliénants et polluants du cycle « production-consommation » caractéristique des sociétés industrielles dites avancées. La non-violence nous amène à promouvoir une organisation sociale et politique à visage humain, fondée sur une démocratie plus participative, la redécouverte d’un sens communautaire et d’une relative autonomie économique, l’autogestion des espaces collectifs, la responsabilité écologique et la solidarité internationale. Cela implique la recherche d’une meilleure qualité de vie pour tous les citoyens du monde, présents et à venir, qui prenne en compte la rareté des ressources. Le MAN dénonce en particulier le non-sens écologique que constitue l’utilisation de l’énergie nucléaire, que ce soit dans un emploi civil ou militaire.

IX

La non-violence nous invite à refuser les logiques d’exclusion et à résister à la montée des extrémismes. La liberté, l’égalité et la fraternité, pour être réellement vécues en société, exigent à la fois une évolution des structures et des fonctionnements collectifs, et une transformation des mentalités et des comportements. Dans cette perspective, il est important de développer la régulation non-violente des conflits : prise en compte des émotions, écoute empathique des points de vue, argumentation rationnelle, contractualisation d’accords, définition claire des fonctions de chacun, observation des règles et sens de la responsabilité.

X

Le MAN s’efforce de réagir à l’actualité en proposant l’éclairage de la non-violence. Nous ne pouvons parler à la place des autres de leurs réalités difficiles. Mais nous nous engageons nous-mêmes en abordant les problèmes par les aspects où nos responsabilités se trouvent directement impliquées. C’est à ce niveau que nous pouvons et devons agir.
Ceux qui ont choisi la non-violence n’ont pas à s’isoler dans leur recherche de la justice et de la paix. Ils ont à se joindre aux divers mouvements et organisations qui travaillent déjà dans ce sens, en y faisant valoir le bien-fondé des méthodes de l’action non-violente. Cependant, ils ont aussi à se regrouper pour approfondir les exigences et les possibilités de la non-violence et prendre l’initiative d’actions non-violentes auxquelles le plus grand nombre puisse participer.
La réflexion sur la non-violence et l’action qu’elle préconise rassemblent tous ceux qui, venant d’horizons philosophiques ou religieux divers, désirent une vraie justice.

XI

La non-violence s’apprend. Nous nous engageons pour :
- une éducation non-violente conjuguant empathie et apprentissage des responsabilités envers soi, envers l’autre, et envers le cadre commun que l’on s’est donné. Cette éducation promeut l’obéissance critique aux autorités légitimes et non la soumission aux ordres arbitraires. Elle apprend à résister aux manipulations et développe des compétences psychosociales qui contribuent à la culture de non-violence ;
- une pédagogie active et coopérative où animateurs et participants mutualisent ce qu’ils savent déjà faire et exercent ensemble leur créativité pour faire face à des problèmes nouveaux, de façon à ce que chacun réinvestisse ce que lui enseigne la non-violence dans son milieu familial, dans son voisinage, dans ses engagements associatifs ou professionnels ;
- des formations à la régulation non-violente des conflits qui réhabilitent le conflit comme opportunité de progrès, les fonctionnements démocratiques et les relations de qualité concourant à l’amélioration du « vivre ensemble » ;
- des formations aux différentes formes d’action non-violente, dont la désobéissance civile, en insistant sur l’importance du programme constructif ;
- des formations à l’intervention civile de paix faisant une place importante à l’analyse des situations géopolitiques, à la médiation et à la régulation des émotions.

XII

Dans un souci de cohérence avec ce qu’il préconise, le MAN s’est donné une structure fédérale pour soutenir le dynamisme de groupes locaux tout en respectant leur autonomie, dans le cadre d’orientations décidées en congrès. Utilisant les nouveaux moyens de communication, les adhérents cherchent à améliorer la circulation des informations, à expérimenter des formes de travail coopératif, à organiser la démocratie participative à l’abri de la bureaucratisation. Au sein de nos instances, nous avons le souci d’aménager différents espaces de régulation des inévitables conflits.
Le MAN a le souci de porter les valeurs de la non-violence au sein même du mouvement.

Version validée le 6 novembre 2011 par le Conseil Intergroupe du M.A.N., sur mandat du Congrès de mai 2011


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