Au-delà des peurs et des colères, la rencontre et le dialogue Quinzaine de la non-violence et de la paix 2017

(actualisé le ) par MAN

Qu’est-ce que la quinzaine de la non-violence et de la paix ?

Depuis plusieurs années le MAN organise la "Quinzaine de la Non-violence et de la Paix" et propose des animations sur un thème spécifique. C’est un moment fort de sensibilisation et d’actions entre deux dates symboliques : le 21 septembre est la journée mondiale de la paix, le 2 octobre (jour anniversaire de la naissance de Gandhi) est la journée mondiale de la non-violence. Ces deux dates ont été fixées par l’ONU.
Le thème retenu cette année par le MAN est :
Au delà des peurs et des colères, la rencontre et le dialogue !

Un contexte qui génère de la peur, de la colère, du dégoût et de la déprime

Aux craintes de ne pas trouver ou de perdre son emploi, d’être atteint de maladie grave liée à une alimentation et un environnement pathogènes, de voir la guerre et les conflits armés envahir la planète… s’est ajoutée ces dernières années la peur des attentats. Les médias, pourvoyeurs des informations, amplifient le caractère angoissant des peurs.
La peur est en effet une émotion particulièrement contagieuse. Ces peurs influencent la frilosité de vie car toute situation nouvelle peut-être être vécue comme une menace ou un danger. Les personnes se sentent agressées par l’extérieur, et le besoin de sécurité légitime peut se transformer en sécuritarisme forcené.
De très nombreux jeunes sont en mal-être face à un avenir qu’ils sentent de plus en plus incertain et négatif. L’échec du processus d’intégration grossit le problème… il est difficile de prendre sa place dans une société de plus en plus individualiste.
Des colères et des frustrations multiples sont générées par tous les problèmes qui ne
trouvent pas de solution et par des élus qui ne semblent pas entendre les besoins de
leurs citoyens. Les colères quand elles ne sont pas entendues au lieu de donner accès aux besoins insatisfaits qui les provoquent, dégénèrent en violence de toutes sortes…
Et trop de médias dénoncent la violence des citoyens mécontents en oubliant d’en
analyser les motifs.
Certaines personnes retournent cette violence contre elles-mêmes ( suicide, consommation dangereuse de drogue ou d’alcool et autres conduites à risques).
Enfin nombre de citoyens éprouvent tristesse indéfinie, déprime ou même dépression
grave qui révèlent une grande perte de confiance en l’avenir. Nous ne pouvons taire le dégoût provoqué par la révélation des corruptions de trop nombreux élus, dégoût qui explique le rejet de l’engagement citoyen (“tous pourris”), inquiétant pour notre
démocratie.
Déstabilisées par ce climat global d’anxiété, de perte de repères et de sentiment d’impuissance, des personnes s’en remettent à des analyses simplistes qui s’appuient
sur un clivage du monde, entre ceux qui sont comme nous et ceux qui sont différents, dont il faut se méfier, et se protéger. La théorie du complot qui cherche à expliquer le fonctionnement du monde par le pouvoir de forces manipulatrices, toutes-puissantes, invisibles, accentue une vision clivée du monde et engendre un sentiment de méfiance et d’impuissance.

Bouc émissaire et extrémismes

Certains individus vivent leurs convictions comme des vérités absolues, ce qui est un
facteur de crispation voire de rupture de dialogue quand ceux-ci les imposent sans
nuances et sans tact. La différence devient alors l’occasion de la stigmatisation et du
rejet de l’autre. Le repli sur soi et la frustration qui s’en suit peuvent dans certains cas aboutir à des comportements extrêmes.
La mise sous influence de ces jeunes par des courants terroristes s’appuie sur la
désignation d’un bouc émissaire responsable de leur mal-être. Après avoir identifié en dehors de soi un « fautif » il est facile de le diaboliser comme un ennemi à combattre voire à abattre.
Le Front national utilise le même mécanisme de désignation de bouc émissaire,
alimenté par la peur de l’autre, en particulier l’étranger. Ces mouvements extrémistes (djihadistes ou extrême droite) sont dans un processus de clôture identitaire qui permet de trouver auprès de ses semblables sécurité et identité, si besoin au sacrifice d’une liberté de pensée, de discernement et d’action. Ces clans étant constitués, le mimétisme accentue de part et d’autre de la de haine, du rejet, du racisme et de la violence.

Se rencontrer et oser le débat inter-convictionnel

Face à ce constat assez sombre, le MAN ne souhaite pas baisser les bras et propose
une réflexion et des actions pour montrer que la rencontre et le dialogue sont plus
forts que les peurs, le repli sur soi ou l’entre-soi. Faire connaissance et faire ensemble, cela fait toujours tomber les fausses représentations et permettent aux
conflits de se gérer de manière non-violente.
Les aspirations, croyances ou convictions, font la richesse de chaque être humain,
donnent de la profondeur à la vie et transcendent une existence qui serait sinon
uniquement matérielle. Chacun a le droit d’exprimer ses propres convictions
philosophiques ou religieuses tant que celles-ci n’entraînent pas des paroles ou des
gestes hors des limites imposées par le Droit. Chacun a le droit d’exprimer ses
besoins, de chercher à les satisfaire dans le respect de ceux des autres.
Nous faisons le pari qu’il est possible d’échanger sur ces convictions, de partager sur
nos valeurs essentielles, nos besoins pour bien vivre ensemble. Pour cela il y faut des
conditions : un cadre sécurisant doit être posé, les peurs comme les colères doivent
être accueillies et les fausses représentations doivent être déconstruites.
D’une part, les convictions personnelles ou communautaires doivent pouvoir
s’exprimer librement et sans hypocrisie (Liberté). De l’autre, c’est dans un esprit de
respect et de paix qu’elles doivent être débattues (Fraternité), en appui sur les
valeurs partagées et les besoins de chacun (Egalité). Cette double recherche, de
vérité pour soi et de paix pour tous, est un défi du quotidien depuis toujours, rendu
difficile par les phénomènes d’emprise des idées extrêmes. Le dialogue interconvictionnel, cet outil de médiation longtemps laissé aux mains de spécialistes de la question religieuse, devient incontournable pour les professionnels de terrain et en général pour tous les citoyens. Ce champ de réflexion permet une rencontre à la
croisée des chemins entre les convictions personnelles, la tradition républicaine et
laïque française, et l’actualité politique et idéologique. Il aide chacun à distinguer
raison et croyance, et donc à s’exprimer en saisissant mieux les enjeux.

Comprendre et apprivoiser ses émotions

Faut-il faire contre ou avec sa peur ? contre ou avec la colère ? La peur est utile
lorsqu’elle m’indique un danger et stimule ma vigilance. Elle est dangereuse
lorsqu’elle me paralyse, me réduisant à ne plus voir en l’autre que menace. La colère
est utile lorsqu’elle m’indique une contrariété, révèle en moi un besoin de
reconnaissance insuffisamment satisfait et me donne l’énergie de m’affirmer. Elle est
dangereuse quand elle m’emporte, me réduisant à ne voir en l’autre qu’un ennemi à
abattre, alors qu’il peut parfois devenir un partenaire actif dans la résolution du conflit qui nous oppose. Le fait de mieux comprendre le point de vue des uns et des autres aide à dénoncer plus efficacement les injustices et à exiger le respect de chacun.
Il s’agit de discerner les besoins sous-jacents de nos peurs plurielles, de distinguer les peurs fondées et les peurs manipulées, les peurs liées à notre histoire et les peurs liées aux événements actuels. Il est également important de décoder les peurs chez l’autre.
L’articulation de ma propre perception et la représentation que je me fais des autres
est au coeur des tensions du quotidien. Le travail sur les émotions et les besoins peut
m’aider à modifier ces représentations et permettre une vraie rencontre. Mais il faut
de l’écoute et de l’empathie, dans un cadre éthique sécurisant, pour échanger et
débattre sans agresser l’autre et sans se sentir attaqué.
C’est la condition pour trouver les moyens de se rassurer mutuellement, et ainsi de
réduire la violence. Non la peur de l’autre et le repli sur soi ne sont pas une fatalité !

Les objectifs de la Quinzaine de la Non-violence et de la Paix

Riches des réflexions et des actions déjà menées, nous souhaitons à l’occasion de la
quinzaine 2017 mettre le zoom sur le thème : « Plus forts que peurs, la rencontre et
le dialogue ».
Cette année encore le MAN pourra s’appuyer sur la Coordination pour Une Education à la Non-violence et à la Paix qui a choisi comme thème de sa Quinzaine 2017 « Les
émotions » et qui mettra à disposition des outils pédagogiques, notamment sur les
peurs.
Le MAN se fixe les objectifs suivants :

  • Proposer aux adultes des occasions de mieux comprendre et apprivoiser
    leurs peurs et autres émotions. De mieux comprendre ce qu’est un conflit et
    de s’ouvrir à la régulation non-violente du conflit
  • Témoigner des actions menées et des avancées dans l’éducation à la non-violence
    et à la paix. Il s’agit bien de rompre avec la culture de violence.
  • Permettre à des enfants et à des jeunes collégiens d’expérimenter des
    outils pédagogiques pour être à l’écoute de l’autre et pour s’entraîner à débattre en
    respectant l’avis d’autrui.


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