Débat de la non-violence : « Vers l’égalité par une transformation Sociale-écologique » mercredi 2 mars 2022, de 20h à 22h à La Cantoche, 180 rue Jeanne d’Arc à Nancy

par MAN Nancy

Les débats à La Cantoche reprennent ! Nous vous accueillerons dès 19h30 pour un temps d’échange convivial.

Introduction au débat
Depuis la fin du XVIIIème siècle, des dispositifs institutionnels et des systèmes légaux, sociaux, fiscaux, éducatifs, ont permis à l’égalité de devenir une réalité, ponctuée de multiples phases de retours en arrière et de replis identitaires. Car ce mouvement historique de long terme est loin d’être spontané ou ’’naturel’’. Ce sont les luttes et les mobilisations sociales et politiques qui l’ont rendu possible.

Mais, avec la « révolution conservatrice » des années 1980, les inégalités strictement économiques, de revenu, de patrimoine, sont reparties à la hausse. Elles sont dues à une dérégulation économique et financière, où la circulation incontrôlée des biens et des services, sans objectif social ni environnemental, s’apparente à « un néo-colonialisme au bénéfice des plus riches ». Par ailleurs, il y a d’autres dimensions comme l’inégalité femmes-hommes, l’inégalité Sud-Nord, les inégalités raciales, dont la régression est loin d’être achevée.

Les inégalités sociales et les crises écologiques s’autoentretiennent :
Les inégalités sociales nourrissent les crises écologiques : Elles substituent le court terme au long terme, provoquent un besoin de croissance économique, entravent les capacités d’action.
Les crises écologiques grossissent en retour les inégalités sociales : Les populations pauvres sont plus touchées par les maladies chroniques (venant majoritairement de dommages environnementaux) ; elles sont plus exposées aux risques environnementaux dont les effets affectent le bien-être, les résultats scolaires et la productivité ; elles ont moins de moyens pour se protéger contre certaines catastrophes.

Pour une transformation Sociale-écologique :
Aujourd’hui, il est donc urgent de revenir vers l’histoire et de dépasser les frontières nationales et disciplinaires pour faire face à ces nouveaux défis.
La théorie de la Sociale-écologie, qui a été explorée depuis plus d’une décennie par l’économiste Éloi Laurent, consiste à articuler les questions sociales et écologiques. Traduire les crises écologiques en langage social c’est considérer que l’écologie ne cherche pas directement à sauver la planète et le climat, mais bien l’hospitalité de la planète vis à vis de l’humanité et à protéger les plus vulnérables et les plus exposés aux crises.

Avec des institutions existantes :
Pour reprendre la marche vers l’égalité, la voie la plus naturelle semble tracée : il faut approfondir et généraliser les institutions qui ont permis le mouvement vers l’égalité et le progrès humain, à commencer par l’État social et l’impôt progressif. L’argument néolibéral selon lequel l’État-providence serait trop coûteux et pèserait sur l’économie ne tient pas lorsque l’on analyse les effets de ses trois fonctions : allocation, répartition, stabilisation. Il permet de corriger l’allocation imparfaite des ressources, en faisant face à leur imprévoyance devant les risques et les incertitudes. Il organise la répartition et la redistribution de la richesses pour lutter contre les inégalités sociales. Il joue aussi un rôle dans la stabilisation économique en luttant contre les effets des crises (chômage, précarité, état sanitaire). De fait, les systèmes de protection sociale rapportent plus qu’ils ne coûtent. Et les défaillances qui persistent « sont surtout de la responsabilité de l’État régulateur et de l’État macroéconomique »
Néanmoins, l’effet de ces systèmes est encore limité au niveau environnemental. Face à la nécessité d’intégrer les facteurs environnementaux à la politique sociale, « il s’agit d’inventer une nouvelle forme, sociale-écologique, de l’État-providence »3. Il ne s’agit pas de tout reconstruire, mais plutôt de s’appuyer sur des institutions existantes, fondées sur la solidarité nationale et internationale et dont l’économie de marché a contribué à défaire méthodiquement les constructions sociales, comme celle du Conseil National de la Résistance. Ces institutions sont généralement regroupées sous le terme d’État social (ce terme ne traduit pas le fait que nombre de ces institutions, comme la Sécurité Sociale, ne sont pas des organismes d’État). En France, l’État social repose sur trois piliers principaux :
- La protection sociale (Sécurité Sociale, Mutualité, protections complémentaires).
- Le droit du travail, la régulation des rapports de travail, la politique de l’emploi.
- Les services publics.

Qu’il convient de repenser :
Le risque social ne peut plus être pensé (et mutualisé) en dehors des crises écologiques qui menacent de plus en plus le bien-être humain. S’interroger sur la mission de la protection sociale au 21ème siècle suppose de revenir à sa vocation première pour la projeter vers l’avenir, et l’orienter davantage sur la prévention.

Les pistes de réformes possibles ne manquent pas. Nous les évoquerons au cours de nos échanges, en s’efforçant de ne pas se contenter d’une posture défensive, car il y a un besoin de reconstruire un discours, une vision de la société que l’on souhaite.

Un changement profond de l’organisation et de la gouvernance des institutions de l’État social est indispensable. Cette nécessité est souvent oubliée dans les revendications qui s’expriment à l’occasion des réformes successives. Elle reste pourtant un élément important de la manière d’exprimer notre façon de vivre la démocratie, de vivre ensemble.

Une bibliographie pour aller plus loin   

=> Deux dossiers syndicaux remarquablement fournis :

- « A la reconquête de la Sécurité sociale », CGT 2018 – Livret en 14 fiches, 56 p.
https://www.calameo.com/read/004629183006343ca4145

- « Pour une protection sociale du XXIème siècle », revue Utopiques des syndicats Solidaires, 11/2019, 264 p.
https://documentcloud.adobe.com/link/track?uri=urn%3Aaaid%3Ascds%3AUS%3A3b39c100-7a8d-4c81-99b3-cb3400d5b410

=> Trois ouvrages de référence :

- « Une brève histoire de l’égalité », Seuil 08-2021, Thomas Piketty, 350p.
Le célèbre économiste en a fait un condensé des thèses qu’il défend depuis près de dix ans. Après trois best-sellers d’un millier de pages, dont ’’Capital au XXIe siècle’’, il présente de façon accessible un panorama de l’état économique du monde et des choix politiques et idéologiques en faveur de l’égalité.

- « Grandeur et Misère de l’État social », Fayard, 2013, Alain Supiot, 62 p.
Alain Supiot, professeur au Collège de France au titre de la chaire « État social et mondialisation : analyse juridique des solidarités », propose ce que l’on peut considérer comme un condensé des savoirs sur le droit social et l’État social, ainsi qu’une piste de recherche pour les années à venir.

- « Le bel avenir de l’État providence », Les liens qui libèrent, 2014, Eloi Laurent, 160 p.
Refusant fermement le déclinisme social ambiant (’’nous mourrons ensevelis sous le poids de notre État providence’’), ce livre laisse entrevoir non seulement la consolidation sociale mais la perpétuation écologique de l’État providence.



En librairie