Forum du MAN sur les peurs, attentat à Nice... Communiqué du 16 juillet 2016

(actualisé le ) par MAN Lyon

Le forum du MAN (Mouvement pour une Alternative Non-violente) du 10 au 14 juillet à Lyon vient de se terminer. Le thème était : Le fond de l’air effraie, chouette la non-violence ! Impuissants face au monde qui évolue, face aux informations anxiogènes ? On en parle, on agit.

Ces rencontres ont mobilisé plus de 180 personnes. L’objectif était de travailler sur les peurs, d’analyser les mécanismes du terrorisme et de voir comment lutter contre ses causes. Les conférences, les échanges et les ateliers autour d’outils pédagogiques, ont renforcé le MAN dans ses convictions.

Activer uniquement l’arsenal sécuritaire n’est pas une réponse adaptée à la situation. Il y a une impérieuse nécessité à modifier la politique étrangère. Depuis trop longtemps la France joue avec le feu en vendant des armes à des régimes instables et en participant à des opérations militaires. Il faudrait plutôt exercer des pressions coercitives économiques et financières pour limiter la puissance de nuisance d’organisations comme Daesch et renforcer les sociétés civiles pour qu’elles puissent œuvrer au rétablissement des conditions du dialogue et trouver une issue à la guerre.

Il est aussi nécessaire de prendre en compte dans notre société es motivations des jeunes qui sont aspirés par un discours radical. Certains jeunes se construisent dans l’échec, la frustration et la dépréciation de soi. Ils ne trouvent nulle part la satisfaction de leur besoin de reconnaissance, d’estime de soi, d’accomplissement, de sens et d’espoir en l’avenir. La violence est alors vécue par eux comme un pouvoir et une revanche. Un grand nombre d’entre eux vivent dans un « entre-soi » qui accentue paranoïa et victimisation. Des actions éducatives dans le « faire ensemble » sont indispensables pour développer la capacité à être en lien, sans peur, avec des personnes différentes de soi. Il faut ouvrir des lieux de parole, de dialogue respectueux et de confrontation des idées, pour échanger sur les convictions et sur ce qui peut « faire société ». Enfin il s’agit de transformer les colères en luttes contre les injustices, pour que chacun trouve sa place sans être tenté par des actes extrêmes qui tuent les victimes et les auteurs.

Le tragique attentat qui a eu lieu à Nice le soir du 14 juillet sur une foule en fête retient toute notre attention. Nous témoignons toute notre sympathie et notre compassion aux victimes et à leurs familles. Une fois de plus de nombreux citoyens ont fait preuve de beaucoup de solidarité et n’ont pas cédé à la panique.

À ce jour, il n’est pas possible de se prononcer sur les motivations de l’auteur de cet acte meurtrier. Quelques soient les résultats de l’enquête judiciaire qui diront si celui-ci est en lien ou non avec une organisation terroriste, nous sommes inquiets du développement de tel actes de violence extrême, et de la fascination qu’ils produisent sur nombre de nos concitoyens, via les médias de toutes sortes.
Les médias, qui ne savent pas résister au dictat de l’immédiateté et du sensationnel, avancent des interprétations avant même de s’appuyer sur les faits. De même les responsables politiques trop préoccupés par des stratégies politiciennes pour se faire élire ou garder leur poste, se précipitent à parler sans incarner la sagesse et le recul que les citoyens seraient en droit d’attendre des élus.

Une fois de plus, les réponses annoncées par le gouvernement (prolongation de l’état d’urgence, renforcement des frappes militaires, mobilisation des réservistes) n’apportent aucune réponse aux causes de ces actes. Nous craignons au contraire qu’elles accentuent la peur, la méfiance et la haine.

Yvette Bailly, Porte Parole, le 16 juillet 2016



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