La profession de foi nucléaire d’Emmanuel Macron Par Jean-Marie MULLER (*)

par MAN

« Le danger le plus redoutable, ce n’est pas tant que la bombe explose, c’est qu’elle existe déjà. Le danger, ce n’est pas le feu nucléaire, mais la foi nucléaire. »
Paul Virilio [1]

S’il est un dossier sur lequel Emmanuel Macron semble incapable de faire preuve de la moindre intelligence novatrice, c’est bien celui de la dissuasion nucléaire. Le Président de la République se contente de répéter le discours idéologique de ses prédécesseurs : « La dissuasion nucléaire est la clef de voûte de notre architecture de sécurité. Elle est au cœur de notre indépendance stratégique [2] ». Comme pour aggraver encore son cas, il précise qu’il engagera, au cours du prochain quinquennat, « le renouvellement des deux composantes de la dissuasion nucléaire  ».

Cependant, il croit pouvoir prétendre que «  la France est pleinement mobilisée en faveur du désarmement nucléaire  » et qu’elle a « un bilan exemplaire en la matière  ». Voulant « prendre en compte le contexte stratégique et les impératifs de sécurité qui en découlent », il affirme que « l’approche française est une approche réaliste qui s’inscrit dans le cadre d’un processus graduel  ».

Emmanuel Macron prend soin de récuser la proposition de ceux qui défendent « l’objectif d’une interdiction totale des armes nucléaires qu’ils sont prêts à réaliser même sans le soutien des États qui possèdent l’arme nucléaire, pourtant principaux acteurs du processus ». Certes, le Président de la République est fondé à douter de la mise en œuvre d’un tel processus de négociation. La France, précise-t-il, « ne saurait s’engager dans une telle négociation sans que les autres États dotés ou possédants ne s’y engagent également », ce qui n’est nullement à l’ordre du jour « à un moment où tous nos partenaires dotés de l’arme nucléaire modernisent résolument toutes ses composantes ». Il fait valoir en fin de compte que le désarmement nucléaire relève en priorité de la conférence d‘examen du Traité de non-prolifération (TNP), mais il ne saurait ignorer que ladite conférence se trouve en panne sèche depuis longtemps et qu’aucun espoir de la voir aboutir ne saurait être justifié.

Ainsi, toutes les voies vers le désarmement nucléaire multilatéral mènent vers des impasses. Bien sûr, à aucun moment, Emmanuel Macron n’évoque l’hypothèse d’un désarmement unilatéral de la France. On devine que cette perspective lui est totalement étrangère. Et pourtant l’analyse la plus rigoureuse de la situation internationale fait apparaître que l’arme nucléaire est une menace pour la paix en France et dans le monde et non pas une sécurité.

À aucun moment, dans aucun conflit, non seulement l’emploi mais la menace même de l’emploi de l’arme nucléaire ne sauraient être envisagés. Ils sont véritablement impensables. L’ampleur de la catastrophe humanitaire provoquée par tout usage de l’arme nucléaire constitue une totale dissuasion qui pèse sur nos propres décideurs. Ainsi, la dissuasion s’inverse-t-elle et se retourne contre elle-même  : ce sont les décideurs des Etats nucléaires qui sont dissuadés d’employer l’arme nucléaire.

La menace terroriste est la principale menace qui pèse sur nos sociétés, mais l’arme nucléaire s’avère totalement incapable de l’éradiquer. Les terroristes qui viennent frapper mortellement nos sociétés peuvent rire de nos armes nucléaires. En outre, la préméditation du crime nucléaire constitue la négation et le reniement de toutes les valeurs morales, éthiques, intellectuelles et spirituelles qui fondent la civilisation. Mais là encore, les clercs qui sont en charge de ces valeurs, qu’ils soient religieux ou laïcs, s’accommodent lâchement de ce crime et innocentent les politiques. Bien qu’on refuse d’en prendre conscience, ce reniement empoisonne en profondeur la vie morale des Français. Quand tout a été dit, il faut tenir que le dogme nucléaire illustre dramatiquement jusqu’où peut aller l’imbécillité des hommes.

Notons que l’État français s’est déjà engagé à renouveler son arsenal nucléaire. Cette modernisation coûtera 2 milliards supplémentaires par an à partir de 2020. Il y a là un véritable détournement de l’argent public au profit d’œuvres de mort. Combien de temps encore les Français supporteront-ils encore ce gigantesque gâchis ?

Face à toutes ces dérives, seule une mobilisation de la société civile a le pouvoir de faire entendre raison aux responsables politiques. Et cette mobilisation concerne chaque citoyen.

Jean-Marie MULLER
* Philosophe et écrivain,
Auteur de Libérer la France de l’arme nucléaire, 2014, Chronique sociale.
www.jean-marie-muller.fr



En librairie