La solution militaire au Sahel est une illusion

par MAN

8 ans de perdus ! La France doit envisager de se retirer militairement du Sahel et de promouvoir autrement les droits humains, la justice et la paix.

En 2013, le président Hollande envoyait, pour quelques mois promettait-il, les soldats français au Mali. L’opération Serval, destinée à éviter l’installation d’un califat islamiste à Bamako, était alors bien accueillie par les populations locales.

Mais l’intervention militaire ne s’est pas accompagnée de propositions politiques fortes pour réguler les conflits locaux. Ainsi les islamistes, recrutant des jeunes désœuvrés et/ou révoltés parmi les populations, ont étendu leur emprise terroriste à l’ensemble des pays du Sahel. Cette guerre a coûté la vie à 57 soldats français, et n’a pas empêché les exactions des djihadistes contre les populations civiles : plus de 4200 morts en 2020, des prises d’otages, des villages saccagés, 2 millions de personnes déplacées et des milliers d’hectares de cultures laissées à l’abandon.

Malgré le souhait insistant d’Emmanuel Macron à l’occasion du sommet franco-africain de février dernier, les autres pays européens ne se pressent pas pour renforcer Barkhane, et les armées du G5 Sahel restent inopérantes. Comme le sous-entend le général Lecointre, chef d’état-major, il ne peut pas y avoir de « solution militaire » au Sahel 1 !

Nous regrettons que la France ne soit pas plus impliquée dans la recherche de solutions politiques. Depuis décembre 2020, les dirigeants du Mali et du Burkina Faso mènent des négociations avec certains chefs terroristes au nom d’une nécessaire réconciliation nationale2. En février 2021, une ONG suisse a été médiatrice pour que soit signé au Mali un accord de paix régional entre Peuls, Dogons et djihadistes3.

Alors pourquoi poursuivre Barkhane ? Pour, sans le dire explicitement, protéger nos intérêts, notamment au Niger4 ?

Si c’est bien un avenir meilleur qui est souhaité pour les populations civiles, il est temps de penser aux alternatives non-violentes qui favorisent le règlement des conflits régionaux : la médiation, la résistance civile, l’Intervention civile de paix (ICP), les missions de police internationale… Alternatives fécondes quand les populations locales sont associées à un projet global alliant lutte contre la corruption, justice sociale, soutien économique, démocratisation des institutions dans le respect des coutumes locales. Pour cela, il est possible de s’appuyer sur les programmes des Nations Unis relatifs à la Culture de la Paix ou aux Objectifs de Développement Durable.

Pour le MAN : François Vaillant, porte-parole

1 Voir Le Canard enchaîné du 23 décembre 2020 et du 17 février 2021
2 Voir Le Monde du 22 décembre 2021 et Le Canard enchaîné du 3 mars 2021
3 Voir TF5 Monde du 18 février 2021
4 Du Niger provient la presque totalité d’uranium nécessaire pour les centrales nucléaires françaises, lesquelles fournissent le plutonium nécessaire pour fabriquer la Bombe. La guerre que mène la France au Sahel est-elle seulement contre le terrorisme ou aussi pour protéger des intérêts que le MAN désapprouve totalement ?

P.-S.

Compléments :

En 2013, le président Hollande promettait que l’armée française ne resterait au Mali que quelques mois, pour à la fois mettre les djihadistes hors d’état de nuire et régler politiquement la rébellion de Touaregs indépendantistes devenus alliés en 2012 de groupes d’Al-Quaïda, venus de Libye après la mort de Kadhafi en 2011. Pour ne pas s’opposer à la politique anti-touareg du gouvernement malien, la France a préféré tout miser sur une guerre contre les djihadistes. Celle-ci s’est ensuite étendue du Mali au Burkina Faso puis au Niger.



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