Le nucléaire, encore !
Dans un communiqué de presse, le MAN dénonce les discussions sur la place du nucléaire dans le cadre du pacte européen pour une industrie propre.
Publié le 13 mars 2025.

Dans un communiqué de presse, le MAN dénonce la volonté de renforcer la place du nucléaire dans le cadre des discussions sur le pacte européen pour une industrie propre. En matière de sécurité, d’indépendance comme de délais, développer le nucléaire est à contre-sens des priorités en matière de transition écologique et des considérations géopolitiques en matière de souveraineté énergétique.
Voici l’intégralité du texte :
Le nucléaire, encore !
Dans le cadre du pacte européen pour une industrie propre, la place du nucléaire est de nouveau discutée.
Alors que les énergies renouvelables représentent déjà plus de 40% de la production électrique en Europe (et le nucléaire guère plus de 20%), les représentants français vont essayer de renforcer la place du nucléaire et de ralentir le passage aux énergies renouvelables !
Le MAN tient à rappeler quelques points trop souvent absents du débat :
1. En matière de sécurité, et même en reconnaissant le relativement bon niveau de surveillance en France et en Europe, nous sommes très inquiets. En effet, les installations nucléaires sont particulièrement vulnérables en cas de conflit armé, l’exemple récent de la guerre en Ukraine nous le rappelle. Mais un attentat comparable à celui du 11 septembre 2001, sur une centrale nucléaire, serait une catastrophe épouvantable.
Développer le nucléaire, c’est rendre notre pays, notre continent vulnérable. Et le rêve de minicentrales ne ferait que multiplier les cibles, impossible à surveiller toutes face à un agresseur déterminé.
2. En matière d’indépendance, le nucléaire est encore plus mauvais que le pétrole ou le gaz naturel ! En effet, les pays producteurs d’uranium sont peu nombreux, la France vient de perdre le contrôle (aux mauvais relents coloniaux) des gisements du Niger, et la transformation du combustible (tout comme le retraitement des déchets...) dépend assez largement de la Russie, au point que les sanctions contre la Russie excluent complètement le secteur du nucléaire !
Le nucléaire rend donc encore plus dépendant !
3. En matière de délais, le recours au nucléaire est particulièrement mal placé, les déboires de l’EPR de Flamanville, démarré en 2006, raccordé au réseau en décembre 2024 avec 12 ans de retard le rappellent cruellement. Alors que l’urgence est là, relancer le nucléaire prendrait des dizaines d’années.
Le bilan est clair, et encore ne parlons-nous ni du coût, souvent beaucoup plus élevé que prévu, ni des déchets, toujours pas possibles à traiter sérieusement :
La transition écologique dont nous avons besoin doit se faire sans relance du programme nucléaire.
Mais nous ne sommes pas dupes, les enjeux dépassent la question énergétique : Le lobby électronucléaire français est soutenu, indirectement, par les tenants de l’armement nucléaire français, puisque le plutonium, nécessaire à la fabrication des bombes atomiques, est un sous-produit des centrales, et que par ailleurs, le maintien d’un pôle nucléaire civil fort permet de dissimuler les coûts de l’investissement militaire (production d’armes, mais aussi propulsion nucléaire d’engins, sous-marins et porte- avions...).
De plus, passer d’une production électrique hypercentralisée à une multitude de petits producteurs impose une redéfinition du réseau électrique français, pour le rendre moins centralisé. Cette orientation est refusée par des groupes industriels et politiques attachés justement au centralisme.
Enfin, réfléchir aux façons de produire de l’électricité ne doit pas faire oublier la réflexion, l’engagement sur la modération des besoins ! La consommation électrique peut baisser, si on isole mieux les bâtiments, si on optimise les déplacements, si on modère le recours aux outils numériques... ou peut exploser si on continue à consommer sans limites.
La redéfinition du modèle énergétique (ou le maintien du nucléaire) est donc bien un choix de société, un choix politique qui va au-delà de la stricte limitation des émissions de CO2.
Le MAN rappelle donc son attachement à une société écologiquement responsable, sobre, débarrassée du nucléaire, et largement décentralisée pour permettre le développement des sociétés locales.
Michel Bourguet, animateur du Réseau Transition Ecologique
Hélène Bourdel, porte-parole du MAN
Contact : Maeva Rougé, coordinatrice fédérale du MAN : man@nonviolence.fr – 06 18 91 78 47



