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Les femmes vectrices de paix

Intervention à l’occasion du 8 mars 2026

Publié le 14 mars 2026.





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Intervention d’Yvette BAILLY, militante du MAN Lyon, lors d’une table ronde organisée par la municipalité de Vénissieux pour le 8 mars 2026, sur le thème "Les femmes vectrices de paix".

Place des femmes en prévention des conflits

 A l’adage connu depuis l’empire romain « Si tu veux la paix, prépare la guerre », on préfère « Si tu veux la paix prépare la paix ». En effet il est possible d’éviter la guerre en oeuvrant dans le quotidien pour la paix.

 Pas de paix sans justice :
Une paix durable est indissociable d’un état de droit : respect des minorités, répartition équitables des richesses, une justice et une police efficientes et respectueuses des droits La lutte contre la pauvreté, l’accès aux besoins sociaux fondamentaux (éducation, santé, protection, emploi) la lutte contre le changement climatique et pour la protection de l’environnement, la lutte pour des institutions efficaces et responsables contre la corruption des élus et des institutions contribue à la paix. La non-violence propose des méthodes de résolution des conflits par l’établissement de rapport de force civil sans tentative d’élimination des adversaires politiques

 De nombreuses femmes sont engagées au quotidien dans les associations de création et de maintien du lien et du soin. Elles ont souvent une fonction de médiation et de régulation des conflits dans les familles dans le voisinage, dans la vie associative. Au sein du MAN, la commission éducation où les femmes sont majoritaires, fait des interventions auprès des élèves sur la régulation non-violente des conflits en développant l’estime de soi et l’empathie envers les autres. Il est important de montrer qu’il y a d’autre solutions que la violence pour réguler les conflits et pour vivre ensemble. Cet aspect préventif éducatif est un prolongement de l’engagement contre les guerres.

 Articulation entre le féminisme et l’antimilitarisme
L’armée est l’une des matrices du patriarcat dont les guerres exacerbent les violences de genre. Le jeune garçon y fait l’apprentissage du combat et de la soumission, deux mécanismes clés de la violence patriarcale. Il va apprendre à mépriser ce qui a trait au féminin (tout en protégeant sa mère et ses sœurs) et à l’homosexualité. Il est important de lutter contre tout ce qui prépare à la guerre : Action contre les ventes d’armes, contre l’arme nucléaire, contre l’augmentation du budget militaire.

Actions en prévention des conflits

 Les initiative des femmes contre la militarisation sont nombreuses et anciennes . Elles permettent de sortir de la victimisation et inspirent la société. Par exemple au Royaume uni dans les années 1980 des occupations féministes de bases militaires nucléaires notamment à Greenham Common qui ont duré parfois pendant 20 ans ont joué un rôle précurseur des Zad.

 Le MAN a initié un travail de recherche et d’échanges de pratiques éducatives sur l’éducation à la paix en zone de conflit (avec Haïti, Gaza, Casamance, Israël ) notamment les initiatives menées par les femmes envers les enfants pour éviter la reproduction de la violence.

 Exemple en Israël association New Profile cherche à réduire l’influence du militarisme sur la société israélienne en dénonçant l’endoctrinement dans l’éducation et les médias qui souvent s’appuie sur du machisme (tout petit l’enfant est élevé comme un combattant) Là aussi c’est l’articulation entre l’éducatif et l’engagement contre les guerres. La glorification de la violence demeure un obstacle important à la possibilité de rétablir la paix. Cette association soutient les objecteurs de conscience israéliens qui refusent de participer à la guerre.

Place des femmes pendant la guerre, les conflits armés, en quoi les femmes sont concernées par la guerre ?

On pourrait penser que la guerre ne concerne que les hommes alors que la guerre a énormément de conséquences sur les femmes.

Effets de la guerre sur les femmes

 historiquement notamment lors de la 1ere guerre mondiale, les femmes ont remplacé les hommes partis à la guerre, elles ont assumé les travaux des champs, les emplois dans les usines, et la gestion de la famille, mais elles ont vite été renvoyées à leur rôle traditionnel avec le retour des hommes

 la guerre provoque souvent dans les populations civiles des déplacements, des exils et des séparations des familles (au Rwanda avec les camps dans les pays voisins, en Ukraine aujourd’hui de nombreuses femmes sont venues en France avec les enfants…)

 suite au traumatisme des combattants (vétérans des Usa du Vietnam, de la guerre en Irak, de la guerre fratricide en ex-Yougoslavie…. ) il y a une augmentation des violences familiales. Souvent les femmes s’épuisent dans le soutien à ces hommes brisés et malades psychologiquement.

 le viol est une technique de guerre, il faut posséder le corps des femmes comme il faut occuper un territoire. C’est un mécanisme d’appropriation dans le but d’humilier, affaiblir, assujettir, chasser ou détruire l’autre. En ex-Yougoslavie le viol des femmes musulmanes s’est inscrit dans une politique planifiée de purification ethnique. La plupart du temps la femme violée est ensuite rejetée par sa famille (comme cela a été le cas en Algérie pendant la décennie noire) Dans les années 2010, au Moyen Orient des jeunes filles yezidies ont été enlevées et réduites en esclavage sexuel pour les combattants de Daesh.

 Exemples de la persévérance des femmes et de leur volonté à faire la lumière sur les tabous de la guerre et des dictatures militaires et de dénoncer les vraies causes des guerres : où sont nos maris, nos amis, nos pères, nos fils, nos frères 

Exemple pendant la guerre et les conflits armés

 Action des femmes pour demander des compte aux chefs de guerre ou aux dictateurs : où sont nos maris, nos pères, nos fils, nos frères ? Exemple des folles de mai en Argentine , des comités des mères de soldat se créent en Russie pendant les guerres en Afghanistan et en Tchétchénie, et rejoignent le mouvement du Mémorial de paix, les Femmes au Chili qui recherchent les corps des prisonniers de Pinochet dans le désert d’Acatama, les femmes en Bosnie qui identifient les corps dans les charniers de Sebrenica.

 En Israël, dans de nombreux pays et notamment en France à Lyon , les Femmes en Noir font une veille publique en silence toutes les semaines pour dénoncer la politique de colonisation de l’état d’Israël , pour réclamer les droits du peuple palestinien et le respect du droit international. C’est une action pour dénoncer les vraies causes de la guerre.

 Le MAN avec d’autres associations a mis en place des actions d’Intervention civile de paix action d’observation, d’information, d’interposition de médiation, et d’accompagnement en vue de prévenir ou de faire cesser la violence, afin de créer les conditions d’une solution politique au conflit
(protection des communautés de paix en Colombie qui refusaient de prendre partie dans la guerre des milices, des militaires et des mouvements de libération armée, accompagnement des témoins des massacres au Guatémala pour la préparation des procès des tortionnaires,) L’ICP par la présence de civils internationaux vise à créer un espace de dialogue afin que les parties en présence puissent construire une solution durable au conflit. Les femmes sont très actives et créatives dans la recherche de solution pour un meilleur vivre ensemble.
 Le MAN a organisé à Lyon des rencontres entre associations palestiniennes et israéliennes pour la paix, là aussi les femmes étaient présentes et pro actives dans les échanges.

Les femmes après la guerre, après les conflits armés

 Les femmes sont la plupart du temps exclues des processus de paix alors que lorsqu’elles y sont associées, elles élaborent des plans de sortie de crise prenant mieux en compte les implications sociétales des conflits (effets économiques, prévoir de la sécurité par exemple permettre physiquement aux enfants d’aller à l’école comme au Kosovo…)
Les femmes développent une notion de la sécurité alternative à la seule sécurité militarisée, elles prennent en compte tous les aspects de la vie qui s’inscrivent dans la définition de la paix : paix sociale, justice, égalité, respect des droits. Cela passe par les droits économiques et sociaux, l’accès pour tous et toutes à l’école, à la santé, à l’alimentation…..

 Les militaires peuvent arrêter une guerre, mais ils ne sachent pas construire la paix. Lorsque les armes se taisent, il y a tout un travail de restauration de liens dans une situation de post conflit armé. Au Kosovo une militante du MAN a fait partie de l’Equipe de paix dans les Balkans et à participer à des actions pour faciliter la communication et la reconstruction du dialogue entre les communautés ayant vécu la guerre de façon différente. Les femmes et les enfants étaient très partants pour des activités de rencontre et de dialogue entre communautés. C’est une action indispensable auprès des populations et complémentaire d’une action politique et diplomatique.

Exemples de l’engagement des femmes en post conflit

 Exemple en Casamance : Plateforme des femmes pour la paix : agir pour imposer la voix de femmes dans les processus de recherche de la paix (formation, micro crédit, droit au foncier pour les femmes pour une agriculture vivrière….)

 On peut souligner la présence des femmes dans les instances : En 2012, Fatou Bensouda originaire de Gambie a été la première femme procureur général de la cour pénale internationale. Carla del Ponte fut nommée en août 1999 procureur Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) et du Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) Elle ne s’est pas laissé impressionnée par tous ces chefs de guerre arrogants qui ne supportaient de se retrouver devant la justice internationale à devoir rendre compte sur les crimes contre l’humanité.

 Exemple de justice restauratrice : Pas de paix sans justice et pas de réconciliation sans justice. Après le génocide au Rwanda, des Gacaca, qui se prononce « gatchatcha », des tribunaux communautaires villageois se déroulant en plein air ont été réactivé dans les années 2000. En complément des pratiques judiciaires modernes, dans les gacaca ces instances coutumières toutes les personnes présentes peuvent prendre la parole, témoigner et demander réparation. Ainsi plus de 2 millions de rwandais suspectés d’avoir participé au génocide ont été jugé. Ces instances traditionnelles ont participé à une justice transitionnelle permettant un début de réconciliation. Dans ces gacaca siégeaient les chefs du village et aussi beaucoup de nombreuses femmes ayant eu une action de soutien, de présence, de réconfort auprès des victimes. Il y a eu beaucoup d’actions de solidarité entre femmes, suite au décès des mères de famille certaines prenant en charge les enfants des autres et parfois même entre différentes ethnies. Après le génocide beaucoup de femmes ont fait du soutien psychologique auprès des victimes et aussi auprès des auteurs une fois qu’ils étaient passés par la justice qui sortent traumatisés par toute la violence qu’ils ont exercé.

 En Afrique du Sud, dans les années 90, la Commission de la vérité et de la réconciliation (CVR) a été créée sous la présidence de Nelson Mandela. Cette expérience de justice restaurative est, à sa création, présidée par Desmond Tutu. Son but principal est de recenser toutes les violations des droits de l’homme commises lors des longues années de politique d’apartheid mené le gouvernement sud-africain afin de permettre une réconciliation nationale entre les victimes et les auteurs d’exactions.

Yvette BAILLY
MAN Lyon


Intervention de Fleur Grappin, à la suite de l’intervention d’Yvette Bailly pour le MAN Lyon, sur « les femmes avant, pendant et après la guerre ».

Les obstacles rencontrés par les femmes militantes : patriarcat, violences, marginalisation politique, invisibilisation dans les négociations officielles : Comment surmonter ces obstacles ?

Je vais structurer mon intervention à partir de trois obstacles rencontrés par les femmes militantes avec des exemples d’actions concrètes historiques de militantes pour la paix mais aussi parfois des exemples locaux depuis mon expérience d’activiste non-violente. Je préfère d’ailleurs ce mot activiste à la dénomination militante qui renvoie aux
notions de combat, de guerre, de lutte, là où je préfère me sentir actrice d’un rapport de force en
faveur de la justice sociale et climatique. Je pense aussi que la manière dont on lutte préfigure le
monde dans lequel on veut vivre demain, j’ai donc choisi la non-violence et de travailler
aujourd’hui au MAN, Mouvement pour une Alternative Non-violente.
Comme le souligne la chercheuse Cynthia Enloe, écrivaine et théoricienne féministe américaine
évoquée dans la revue Silence n°542 « Féministe contre les guerres » : pour comprendre la
politique, il faut commencer par poser une question simple : « Où sont les femmes ? ».

 Le 1er obstacle ici serait le patriarcat et ses violences systémiques intrinsèques qui marginalise
notamment les femmes. Elles ont toujours joué un rôle important dans les mouvements sociaux et
politiques. Pourtant, leur engagement reste souvent invisibilisé.
Même lorsque les femmes participent activement aux mobilisations, elles sont souvent sousreprésentées,
par exemple médiatiquement ou dans les espaces où les décisions sont prises.
Et si elles le sont ce sont parfois pour des raisons de représentativité de leur image ou correspondre
à des quotat aux apparences de parité. Dans le milieu militant que je fréquente les rôles de porteparoles
par exemple sont très souvent tenus par des hommes alors plus facilement à l’aise pour
discuter ou débattre avec les journalistes. Un des enjeux dans l’un de mes collectif a été de
conscientiser ceux qui prenait leur place naturellement et en même temps de donner leur place à
celles qui n’osaient pas ou ne se sentaient pas légitimes, en les accompagnant pour monter en
compétence.
Les structures politiques ont longtemps été dominées par les hommes. Selon l’ONU, entre 1992 et
2019 les femmes ont consitué seulement 13 % des négociatrices et 6 % des médiatrices dans les
négociations pour la paix. Elles ont été 6 % des signataires des accords de paix et 7 accords de paix
sur 10 n’incluaient pas les femmes. Pourtant un accord de paix a 64 % de risque supplémentaire
d’échouer s’il n’inclut pas les organisations de femmes. (*source n° de Silence cité plus haut)

 Un autre obstacle important serait le manque de reconnaissance.
De nombreuses actions menées par les femmes — comme l’organisation communautaire, la
mobilisation locale ou la médiation — sont souvent considérées comme moins politiques.
Pourtant, ces activités peuvent être essentielles pour transformer les sociétés.
L’exemple de Wangari Maathai est révélateur.
Elle a mobilisé des milliers de femmes au Kenya pour planter des millions d’arbres à travers le
Green Belt Movement, un mouvement qui liait environnement, démocratie et droits des femmes.
Son travail a finalement été reconnu par le prix Nobel de la paix en 2004.
Cette action montre aussi qu’il est possible en tant que femme de jouer un rôle central dans les
transformations sociales et politiques.

 Les femmes militantes ont souvent réussi à dépasser les obstacles grâce à l’organisation collective.
Cela peut prendre la forme de :
• mouvements de femmes pour la paix ou les droits humains.
• organisations de la société civile
• création de réseaux féministes nationaux et internationaux
L’objectivation, la discrimination, la vulnérabilisation des femmes militantes peuvent être de
vrais obstacles démobilisant. Mais aujourd’hui l’intime devient de plus en plus politique, dans ce
point de bascule du statut de victime qui ose désormais nommer et faire que la honte change de
camp.
De mon expérience locale depuis le mouvement Metoo ont été révélés plusieurs viols au sein de
réseaux pourtant dit féministes auquel je participe. Après la sidération de me rendre compte qu’il
n’y a en réalité pas d’espace safe là où je viens les chercher, ces crimes nous ont fait conscientiser
collectivement la nécessité de reposer des cadres clairs de vivre ensemble, de créer des groupes de
soins militants et de veilles féministes. Ce sont dès lors principalement des femmes qui sont venues
tenir ces rôles avec leurs compétences psycho-sociales.
En conclusion, les femmes militantes font face à de nombreux obstacles : la marginalisation
politique, l’invisibilité de leur travail, leur exclusion des espaces de décision, leur vulnérabilisation
au sein d’une culture et d’un système patriarcal d’où il est bien difficile de s’extraire. Pourtant, leur
engagement montre qu’elles sont des actrices essentielles du changement social.
Pour dépasser ces obstacles, il est nécessaire de renforcer leur représentation, de rendre visibles
leurs actions et de soutenir les réseaux de solidarité entre militantes.
Enfin reconnaître pleinement le rôle des femmes militantes, ce n’est pas seulement une question
d’égalité homme/femme : c’est aussi une condition nécessaire pour construire des sociétés plus
démocratiques, inclusives et empathiques.

Fleur GRAPPIN
Salariée du MAN Lyon