Mobilisations contre la réforme des retraites : une vigoureuse riposte d’utilité sociale Communiqué du 18 décembre 2019

par MAN


Basé à l’origine sur le principe de solidarité, notre système de protection sociale est un filet de sécurité indispensable face à la violence de notre système économique . Dans le contexte actuel il est nécessaire de rappeler que la France a affirmé en 1945 une citoyenneté sociale , distincte de la citoyenneté politique, qui repose sur trois piliers : la Sécurité Sociale, les services publics et les libertés collectives.

Or, depuis plus de trente ans, l’organisation de la solidarité est la cible privilégiée des politiques néo-libérales. Ce fut au départ une attaque frontale contre les services publics, puis, de façon plus indirecte à cause de l’attachement de la population, contre la Sécurité Sociale. Ne nous trompons pas, le projet de réforme des retraites actuel relève bien de cette entreprise de déconstruction.

Comment faire croire que les mesures annoncées vont dans le sens d’une plus grande justice sociale ? Depuis les années 70, des mesures de généralisation, d’harmonisation et de compensation démographique ont été prises, avec, parfois, l’accord des partenaires sociaux administrateurs des régimes. La réforme actuelle néglige, voire méprise le rôle de ces partenaires. Il s’agit bien d’asphyxier un système de protection sociale pour le déclarer non viable et l’ouvrir aux appétits des assureurs privés.

Prétendre que le nouveau calcul favorise les femmes et les travailleurs précaires, alors qu’il défavorise le tiers temps et les périodes courtes, est un mensonge grossier. Prétendre prendre en compte la pénibilité du travail dans le droit à la retraite, alors que les fonds destinés à la prévention sont considérablement réduits et que la baisse des effectifs accroît cette pénibilité, équivaut à une manipulation de l’opinion publique. Prétendre enfin répondre aux oppositions par la « clause du grand-père », destinée à faire peser sur les générations futures les aspects les plus négatifs de cette réforme, fait apparaître une nouvelle forme de violence structurelle inacceptable qui fragilise le lien social : la violence intergénérationnelle.

En fait, nous sommes bien en face d’un nouveau coup porté à un système de solidarité. Celui-ci ne divise pas le monde entre ceux qui donnent et ceux qui reçoivent, il est l’expression d’une égale dignité des êtres humains. Considérant ce système solidaire comme un frein à l’extension de la logique marchande à toutes les activités humaines, le néo-libéralisme applique ici la seule loi qui vaille à ses yeux : la course au moins disant social, fiscal et environnemental.

En ce sens, le MAN, Mouvement pour une Alternative Non-violente, s’associe au combat légitime contre cette réforme. Plus largement cette lutte doit s’écarter des corporatismes pour créer une responsabilité et une démocratie solidaires, capables d’obliger les pouvoirs politiques et économiques à répondre des conséquences sociales et environnementales de leurs décisions.

François Lacôte, animateur du réseau Tensions sociales



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