Palestine : boycotter l’occupation avec BDS ? Article de la revue Alternatives Non-Violentes 172

par MAN

La campagne BDS (Boycott - Désinvestissement - Sanctions) qui vise la politique israélienne d’occupation et d’appropriation des territoires palestiniens prend de l’ampleur dans le monde et représente une menace politique importante ("stratégique") pour l’état d’Israël.

Les accords d’Oslo devait démarrer un processus de création d’un état palestinien viable mais Israël veut rendre irréversible la conquête de la Cisjordanie. (stratégie d’implantation et d’agrandissement des colonies de peuplement pour morceler le futur état palestinien, blocage de l’économique palestiniennes par les checkpoints et les interdictions de construire, blocus de Gaza). Cette politique aboutit à une véritable tentative d’épuration ethnique des palestiniens (défini comme un crime contre l’humanité).

Face aux démission de la communauté internationale, 172 organisations palestiniennes ont décidé de lancer un appel aux sociétés civiles internationales en 2005 : "Nous faisons appel à vous pour faire pression sur vos états respectifs afin qu’ils appliquent des embargos et des sanctions contre Israël.... Ces mesures de sanction non-violentes devraient être maintenues jusqu’à ce qu’Israël honore son obligation de reconnaître le droit inaliénable des Palestiniens à l’autodétermination et respecte entièrement les préceptes du droit international en :
- 1. Mettant fin à son occupation et à sa colonisation de toutes les terres arabes et en démantelant le Mur ;
- 2. Reconnaissant les droits fondamentaux des citoyens arabo-palestiniens d’Israël à une égalité absolue ; et
- 3. Respectant, protégeant et favorisant les droits des réfugiés palestiniens à revenir dans leurs maisons et propriétés comme stipulé dans la résolution 194 de l’ONU."

Des résultats concrets et de plus en plus importants

Depuis le début de l’année 2014, plusieurs institutions ont refusées de collaborer avec la politique d’occupation illégale de la Palestine. Le fonds souverain de la Norvège, le plus important du monde, a mis dans sa « liste noire » deux compagnies israéliennes, Africa Israel Investments et Danya Cebus, en raison de leur rôle dans la construction de colonies à Jérusalem. L’un des principaux fonds de pension néerlandais a retiré plusieurs dizaines de millions d’euros de cinq banques israéliennes impliquées aussi dans les colonies. Le gouvernement allemand a annoncé qu’il refuserait de subventionner les entreprises de haute technologie israéliennes situées dans les colonies.

Sur le plan culturel de nombreux artistes internationaux (chanteurs, musiciens) refusent de se produire en Israël. En février 2014 l’American Studies Association, société savante de cinq mille membres, a décidé la rupture des relations avec les institutions universitaires israéliennes. Cette décision dans le milieu académique suivait le désistement, en mai 2013, du célèbre astrophysicien Stephen Hawking d’une conférence organisée en Israël. Un mois plus tôt, la Teachers Union of Ireland (TUI, quatorze mille membres) avait voté une motion de soutien à la campagne BDS, et dénoncé Israël comme un « État d’apartheid ».

En Israël des personnalités appellent au boycott pour forcer un changement dans l’attitude du gouvernement, comme le journaliste israélien Gideon Levy le 22 juin 2014.
A l’occasion du Forum économique de Davos une centaine de grands patrons israéliens ont lancer un appel pour la paix avec les Palestiniens : « Nous devons atteindre un accord de paix - en urgence », s’alarment ces grands patrons dans un texte dévoilé par le principal quotidien israélien, Yedioth Ahronoth. Ils s’inquiètent notamment des mises en garde formulées au sein de l’UE, dont la moitié des États membres serait désormais favorable à un étiquetage des produits fabriqués dans les colonies. « Les négociations constituent la dernière digue contre les vagues du boycott », estime la négociatrice israélienne Tzipi Livni, favorable à un compromis avec les Palestiniens.

L’Europe a des principes...

Les textes de l’Union Européenne sont très claires et refusent l’annexion des territoires palestiniens par Israël. Ainsi les lignes directrices de l’UE indiquent :
"2. Les territoires occupés par Israël depuis juin 1967 sont le plateau du Golan, la bande de Gaza et la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est.
3. L’UE ne reconnaît pas la souveraineté d’Israël sur les territoires visés au point 2 et ne les considère pas comme faisant partie intégrante du territoire d’Israël..."

La France comme 16 autres pays européens a publié un avertissements le 24 juin 2014 sur le site du Ministère des Affaires Étrangères :
"La Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, Gaza et les hauteurs du Golan sont des territoires occupés par Israël depuis 1967. Les colonies sont illégales en vertu du droit international.
En conséquence, il existe des risques liés aux activités économiques et financières dans les colonies israéliennes. Les transactions financières, les investissements, les achats, les approvisionnements ainsi que d’autres activités économiques dans les colonies ou bénéficiant aux colonies, entraînent des risques juridiques et économiques liés au fait que les colonies israéliennes, selon le droit international, sont construites sur des terres occupées et ne sont pas reconnues comme faisant partie du territoire d’Israël. Ceci est susceptible d’entraîner des litiges liés à la terre, à l’eau, aux ressources minérales et autres ressources naturelles, qui pourraient faire l’objet d’un achat ou d’investissement, comme des risques réputationnels..."

Cet avertissement s’inscrit dans le cadre de l’impatience grandissante de la communauté internationale face aux colonies, les États-Unis et l’Union européenne affirmant depuis longtemps qu’elles sont un obstacle à la paix entre Israël et les Palestiniens.

BDS : la réponse citoyenne et non-violente à l’occupation

Le boycott économique est une arme non-violente par excellence. En privant les entreprises des revenus de l’exploitation des colonies, les consommateurs et la communauté internationale augmente le coût de l’occupation. Ainsi les acteurs économiques poussent les responsables politiques à changer de politique ; c’est ce qui est en train de se passer en Israël. Cette arme non-violente donne à chaque citoyen le pouvoir de participer à la dénonciation des colonies.

Les soutiens à Israël ont réagis vivement à cet appel au boycott en faisant un lien avec le boycott des magasins juifs par les nazis et en jouant sur l’amalgame antisémite (contre les juifs) et antisioniste (contre un état religieux juif). Le premier est condamnable comme tout racisme, mais le deuxième est une prise de position politique, critiquée même au sein de la communauté israélite.
Les responsables politiques français reprennent cet argument et Michèle Alliot-Marie, garde des Sceaux, signait une directive en 2010 ordonnant aux procureurs de la République d’engager des poursuites pénales contre tout personne appelant les consommateurs à ne pas acheter les produits israéliens.
La plupart du temps, ces plaintes n’aboutissent à aucune condamnation ( le 19 mai 3 militants ont été définitivement relaxés à Montpellier) : le Code pénal n’interdit pas le boycott d’un État pour des raisons politiques.
C’est l’État qui porte plainte et les organisations sionistes se mettent parties civiles. Cela entraîne des frais de justice importants pour la campagne BDS.
Il pourrait sembler étonnant que le changement de majorité n’a pas aboutit à l’annulation de cette circulaire par Mme Taubira... Le conflit israélo palestinien n’est pas un simple conflit politique, c’est un conflit économique et d’occupation territoriale, comme au temps des indiens en Amérique du Nord... ou au temps des colonies françaises en Afrique et en Indochine.

La campagne en France s’ancre principalement contre l’organisation d’événements de soutien à la politique de l’état d’Israël et en particulier au "gala de soutien" à son armée (sic !) par l’organisation KKL. Quelques sociétés font l’objet d’attention particulière dont :

- Sodastream, gazéifiant pour sodas, implanté dans la colonie de Maale Adumim. France Télévision en fait la publicité lors de certaines émissions de jeux.
- Orange, opérateur téléphonique ayant signé un accord de par­te­nariat avec l’entreprise israé­lienne Partner Communications. Les antennes relais, sont toutes ins­tallées dans les colonies israé­liennes. Les opé­ra­teurs pales­ti­niens doivent passer par des opé­ra­teurs israé­liens pour tout appel, et, en vio­lation des Accords d’Oslo, ne paient pas d’impôts à l’Autorité pales­ti­nienne.
- Veolia qui a construit le tramway en territoire occupé de Jérusalem-est pour relier les colonies israéliennes (sans s’arrêter dans les zones arabes). Ses filiales possèdent et exploitent aussi des installations qui traitent les déchets israéliens sur les terres palestiniennes occupées, en violation directe du droit international.
- Carrefour qui a signé la commercialisation de voyages en "Israël" incluant les villes occupées sans distinction des territoires palestiniens.

L’ONG israélienne Who Profits (à qui profite l’occupation ?) recense les entreprises utilisant l’occupation : voir son site http://www.whoprofits.org/

Rappelons enfin que la situation économique amène beaucoup de palestiniens à travailler dans les colonies (17 000 palestiniens dans la seule vallée du Jourdain), apportant une main d’œuvre sous payée (inférieur au SMIC israélien) et exploitée (pas de droits syndicaux sinon expulsion et suppression du permis d’entrée dans la colonie). L’extension de la résistance non-violente en Palestine et la mise en place d’une stratégie de non-collaboration complète avec l’occupant serait une pression supplémentaire pour l’obtention des droits fondamentaux et reconnus par l’ONU à la Palestine.

Voir aussi le site bds

Serge PERRIN
Militant du MAN Lyon
Animateur du partenariat "Non-violence et maintien de l’agriculture en Palestine"

Le numéro d’ANV est commandable sur le site de la revue alternatives-non-violentes.org
La revue ANV est une revue associée au MAN.



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