Mouvement pour une Alternative Non-violente

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Se réarmer, une fausse bonne idée ?

Article basé sur l’intervention de Maeva Rougé, coordinatrice fédérale du MAN, lors de la conférence « Se défendre sans se détruire, c’est possible » organisée par le MAN Île-de-France le 19 juin 2026.

Publié le 13 juillet 2026.





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Depuis 2023, le Mouvement pour une Alternative Non-violente se mobilise pour alerter sur les dérives engendrées par la militarisation croissante des États et des esprits. Force de proposition, il contribue à la réflexion et aux déploiements de dispositifs de sensibilisation aux alternatives à la défense militaire.

La tâche n’est pas aisée. En effet, la France est un État qui valorise beaucoup l’armée, en témoigne notre fête nationale du 14 juillet, qui célèbre la lutte pour la liberté par un défilé militaire. Nous valorisons également beaucoup les récits guerriers, et ce dès l’école.

À ce titre-là, remettre en question la défense armée n’est pas spontané et peut même paraître être un contre-sens. Par extension, la notion d’alternative à la défense militaire surprend, interroge, et génère parfois même de l’hostilité, en particulier au regard de la conjoncture internationale actuelle.

Nous ne pouvons en effet nier la réalité qui est la nôtre : nous sommes dans un contexte géopolitique tendu, inquiétant, et incertain. Le monde est traversé par de nombreuses crises, tensions, conflits, guerres. La guerre se rapproche de nous et les menaces armées sont bel et bien réelles. La Russie constitue une menace réelle pour notre sécurité. Des agressions armées décomplexée et imprévisible sont menées en toute impunité à l’image des États-Unis en Iran.

Face à cela, nous observons un réflexe qui ne date pas d’hier mais qui s’accélère, en tout cas en France, et qui pourrait presque paraître logique : nous observons d’une part une amplification des discours guerriers et, d’autre part, une véritable reprise de la course aux armements.

Cela peut paraître naturel. Pourtant, lorsque l’on analyse les conséquences de la militarisation croissante des États et des esprits, ces logiques apparaissent en réalité pétries de contresens, et présentent in fine plus de menaces pour notre sécurité que de garanties.

En effet, le choix fait par nos responsables politiques de recourir uniquement aux méthodes militaires pour nous défendre est un contre-sens. Les débats qui ont eu lieu au printemps 2026 autour de la dernière actualisation de la Loi de programmation militaire 2024-2030 en sont une parfaite illustration.

Actualisation de la LPM 2024-2030 : des coûts de la militarisation

Les lois de programmation militaire (LPM) sont des textes adoptés pour plusieurs années, qui définissent les grandes orientations ainsi que les moyens des armées. Ce sont donc des documents importants dans la stratégie de défense de notre pays, permettant de prendre la mesure des choix politiques effectués en matière de stratégie de défense.

Le projet d’actualisation a été adopté le 1er juillet dernier. Les parlementaires ont entériné une augmentation du budget militaire de 36 milliards d’euros, ainsi qu’un volet de mesures complémentaires préoccupantes pour nos droits et pour la jeunesse en vue de mettre à jour la stratégie de défense face aux enjeux actuels, et notamment se préparer à l’attaque de la Russie d’un pays de l’OTAN à l’horizon 2030.

Depuis la précédente Loi de programmation militaire (2017-2023), les dépenses militaires ont presque doublé – le budget prévu est désormais de presque 450 milliards d’euros. L’objectif est que le budget de la défense atteigne au moins 2,5% de notre PIB d’ici à 2030.

En s’appuyant sur ce projet de loi, on peut distinguer trois volets dont il est fondamental d’identifier les conséquences délétères pour comprendre la nécessité de repenser le modèle de défense actuel :

  • Le volet économique et financier (en lien avec les questions sociales), avec la rallonge de l’enveloppe budgétaire de plusieurs milliards d’euros
  • Le volet des libertés fondamentales, avec la création d’un nouveau régime d’exception
  • Le volet éducation et jeunesse, avec la création d’un service militaire volontaire et la militarisation des journées défense et citoyenneté.

L’augmentation du budget militaire, un arbitrage économique

La France se trouve dans un contexte particulièrement tendu sur le plan budgétaire, avec des appels répétés à l’austérité, des coupes budgétaires dans plusieurs ministères sociaux clés, des réformes sur les systèmes de retraites et des allocations sociales type chômage et revenus de solidarité active. Toutes ces mesures sont justifiées par le manque de moyens financiers et la nécessité de ne pas creuser la dette française.

36 milliards d’euros supplémentaires ont pourtant été trouvés pour renforcer le budget de la défense. Les sénateurs souhaitaient même initialement pousser à 50 milliards d’euros supplémentaires pour le budget des armées, maisles 14 milliards supplémentaires n’ont finalement pas été votés en raison de dissensions. La ligne d’horizon : l’alignement sur les objectifs fixés par l’OTAN de consacrer 3,5% de PIB à la défense d’ici à 2035.

Le 17 juin, Catherine Vautrin et Roland Lescure ont ainsi signé un accord à Bruxelles pour un contracter un prêt de 15,1 milliards d’euros à l’aide de l’instrument européen SAFE (qui vise à permettre à un État membre de souscrire un emprunt à un taux préférentiel afin d’accélérer la modernisation et/ou le renforcement de ses capacités militaires. Son remboursement doit s’étaler sur quarante-cinq ans)

Ainsi le choix du MAN d’adopter le slogan suivant pour sa campagne pour une réduction des dépenses d’armement prend tout son sens : « On cherche des milliards ? Nous savons où les trouver : dans le budget des armées ! ».

Ces investissements profitent en premier lieu aux acteurs de l’industrie de la défense qui remplissent leurs carnets de commandes. Alors que le taux de pauvreté atteint des niveaux records depuis 30 ans selon le dernier rapport d’OXFAM sur les inégalités, le gouvernement fait le choix clair de prioriser les armes et les munitions plutôt que l’aide aux plus précaires à vivre dans la dignité.

Le MAN a demandé à plusieurs reprises la réévaluation de toute urgence des priorités d’investissement. Nous avions d’ailleurs lancé une pétition pour demander une réduction des dépenses d’armement, qui est toujours ouverte à signature. Nous avons également interpellé les députés et les sénateurs dans le cadre des débats de ce projet d’actualisation de la Loi de programmation militaire.

Dans ces courriers envoyés aux parlementaires, nous avons souligné les revendications portées par notre pétition concernant l’augmentation des dépenses militaires dans un contexte de crise sociale particulièrement forte. Mais nous avons également rappelé les problématiques que soulève ce texte du point de vue des libertés fondamentales.

Le coût démocratique d’un nouveau régime d’exception

Au-delà des coûts économiques que comportent ces mesures, les préoccupations vont au-delà des considérations budgétaires : les coûts sont et seront aussi démocratiques. Nos droits et libertés fondamentales sont directement menacés par les logiques militaristes.

Concrètement, le projet d’actualisation de la Loi de programmation militaire prévoit la création d’un nouveau régime d’exception en cas de « menace grave et actuelle ». Cette formulation reste particulièrement floue et laisse la porte ouverte à de nombreuses interprétations. Nous avons déjà observé par le passé les dérives auxquelles peuvent conduire des régimes d’exception lorsqu’ils sont prolongés ou étendus au-delà de leur objectif initial.

Ce type de dispositions floues laisse donc la porte ouverte à des interprétations qui peuvent s’avérer particulièrement délétères pour nos droits fondamentaux, au nom même de notre protection, paradoxalement.

Un avenir militarisé pour la jeunesse

En novembre 2025, Fabien Mandon, chef d’État-major des Armées, déclarait que la France doit « accepter de perdre ses enfants ». Au travers de cette phrase qui a suscité de nombreuses réactions, il apparaît clairement que la jeunesse est pensée comme une réserve mobilisable en cas de conflit.

Dans l’un des derniers communiqués de presse que nous avons publiés sur le sujet « Actualisation de la Loi de Programmation Militaire 2024-2030 : le MAN dénonce un vote de plus pour la militarisation », nous écrivions que « l’armée veut gagner du terrain, et cela commence par l’école ». En effet, nous observons donc une série de mesures ciblant spécifiquement la jeunesse dans le projet de loi.

La loi a acté la transformation de la Journée Défense et Citoyenneté en une journée de mobilisation davantage centrée sur les enjeux militaires. Elle marqué également la création d’un service militaire volontaire destiné principalement aux jeunes de 18 à 25 ans, qui seront payés, nourris et logés afin d’effectuer un service militaire et de venir renforcer les réserves humaines de l’État.

La jeunesse a d’autres aspirations et d’autres préoccupations que celle de remplir les champs de bataille.

Ces discours et mesures contribuent à préparer les esprits à la guerre de plus en plus tôt. Ils habituent les jeunes à considérer la guerre comme un horizon normal, à envisager comme allant de soi l’idée de défendre le pays par les armes, sans toujours interroger les présupposés accompagnant cette vision.

C’est aussi faire le choix d’investir des moyens importants dans cette direction alors même que les préoccupations et les difficultés de la jeunesse sont souvent ailleurs. Aujourd’hui, pour les moins de 30 ans, l’accès à l’emploi est difficile et souvent précaire, les salaires sont bas, l’accès au logement est compliqué. De nombreux étudiants peinent à se nourrir correctement.
La perspective de la guerre n’est pas une condition souhaitable pour l’avenir de la jeunesse, ni favorable à son épanouissement. La jeunesse ne devrait pas avoir à assumer seule les conséquences de choix ou de problèmes hérités des générations précédentes, y compris des tensions géopolitiques.

Surtout, les jeunes devraient avoir leur mot à dire sur l’avenir qu’on leur prépare. Aujourd’hui, ils sont peu présents dans les instances de décision. Ils sont rarement consultés sur leurs préoccupations réelles ou sur la manière dont ils envisagent l’avenir, alors même qu’ils seront les premiers concernés face aux conséquences de ces choix.

Ces quelques exemples concrets illustrent la manière dont la jeunesse est aujourd’hui visée par ces processus de militarisation et de la manière dont son imaginaire est progressivement réorienté vers les enjeux militaires. Le fait de cibler délibérément la jeunesse à travers plusieurs mesures phares n’est pas anodin. C’est un choix stratégique qui nous renseigne aussi sur la vision du monde et de l’avenir portée par nos dirigeants.

Armés mais pas invincibles

Au-delà des phénomènes de réarmement, de militarisation et des conséquences économiques, démocratiques ou éducatives de ces choix, il est impératif de se poser une question plus fondamentale.

À l’heure de dresser le bilan des guerres et des conflits, nous constatons que ce sont avant tout les populations civiles qui en paient le prix. Ce sont elles qui subissent les bombardements, la destruction des infrastructures, les déplacements forcés et les pertes humaines. On observe également que la puissance militaire ne garantit pas nécessairement la victoire.

Aujourd’hui encore, la Russie, pourtant puissance militaire majeure, n’est pas parvenue à imposer sa volonté à l’Ukraine. Beaucoup imaginaient au début du conflit que la guerre serait réglée en quelques semaines ou en quelques mois. Plusieurs années plus tard, l’Ukraine continue de résister et la guerre se poursuit. De la même manière, nous constatons que même les États les plus puissants peuvent se retrouver confrontés à des situations d’enlisement stratégique, malgré l’importance des moyens militaires mobilisés – à l’image des États-Unis face à l’Iran depuis les frappes initiées en février 2026.

Cela pose une question simple : si le réarmement produit des coûts économiques, des conséquences démocratiques, des effets sur la jeunesse, et que son efficacité elle-même mérite d’être interrogée, alors est-ce réellement la réponse que nous devons privilégier ?
Il convient également de souligner que la guerre n’est pas la seule menace à laquelle nos sociétés sont confrontées. Au-delà du contexte géopolitique, d’autres défis majeurs nous font face.

L’extrême droite est aujourd’hui aux portes du pouvoir en France, avec une échéance électorale importante en 2027. Le dérèglement climatique produit déjà des conséquences très concrètes sur nos vies. Nous subissons des épisodes de chaleur exceptionnels par leur précocité et leur intensité.
Face à une canicule, aucun canon ne pourra nous protéger. Pourtant, là aussi, des vies sont en jeu. Là aussi, notre sécurité est directement menacée.

Force est donc de constater que la conception de la défense privilégiée actuellement ne répond pas à l’ensemble des menaces qui pèsent sur nos sociétés. Elle ne permet pas de prendre en compte toute la diversité des risques auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui. Le constat est donc sans appel : il est nécessaire de repenser fondamentalement notre manière de concevoir la défense et la sécurité.

La défense civile non-violente, une alternative pour l’avenir

Face à ces récits, il existe d’autres récits. Face à ces perspectives, il existe d’autres voies que celles des armes et de la guerre. La non-violence propose justement des stratégies civiles et populaires qui peuvent impliquer l’ensemble des citoyens et pour une société plus résiliente face aux menaces contemporaines, dans leur diversité de formes.

Le MAN a fait de la promotion des alternatives à la défense militaire l’une de ses priorités stratégiques depuis fin 2023. Après avoir été motrice dans les prémices de la réflexion dans les années 1980 avec la publication de plusieurs documents de référence à l’image du rapport La dissuasion civile, notre association contribue activement à la reprise de la réflexion sur la défense civile non-violente après le début de la guerre en Ukraine en 2022.

Nous avons publié plusieurs documents précisant ce concept tels que notre texte de référence « Pour une défense civile non-violente » ou encore notre Manuel citoyen pour une défense civile non-violente (accessible gratuitement en ligne et exemplaires papiers disponibles sur notre boutique en ligne).
Nos ressources ainsi que celles de partenaires sont disponibles dans la rubrique dédiée sur notre site.

Les 13 et 14 novembre 2026, nous coorganisons avec quatre organisations non-violentes un colloque international au Centre culturel Saint-Thomas à Strasbourg intitulé : « Se défendre sans se détruire : l’apport de la défense civile non-violente à la défense globale ».

Ce temps fort de l’automne réunira des acteurs engagés dans différents milieux (associatifs, politiques, militaires) venus d’Europe et d’ailleurs. Les échanges croiseront apports théoriques et expériences de terrains pour contribuer aux débats sur l’intérêt et la faisabilité des options de défense civile non-violente.

Plus d’informations et modalités d’inscriptions ici.

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