Soutien au refus de prélèvement génétique de François Vaillant.

Voici le communiqué de presse du MAN du du 23 janvier 2008 en soutien au refus de prélèvement génétique de François Vaillant

« Le 16 janvier 2008 François Vaillant a été convoqué à la date du 23 janvier afin d’effectuer un prélèvement d’ADN. Cette convocation fait suite à sa participation aux actions effectuées à Rouen dans le cadre du Collectif des Déboulonneurs. Membre du MAN, rédacteur en chef de la revue Alternatives Non-Violentes, François Vaillant a indiqué qu’il refuserait de se rendre à cette convocation. Ce faisant il commet un nouveau délit.

Le MAN soutient la décision prise par François Vaillant, qui est un acte de non-violence fort et nécessaire face à une dérive politique manifeste.
Le 17 juin 1998, le gouvernement Jospin mettait en place pour la première fois le prélèvement génétique pour les auteurs de crimes et délits sexuels commis sur des mineurs de moins de 15 ans. Un long tabou venait de tomber, et la porte était ouverte à une rapide généralisation de ces prélèvements génétiques. De mesure exceptionnelle (dans le but de protéger la population de malades dangereux), le fichage génétique s’est étendu à des pans de plus en plus larges de la société : la Loi sur la Sécurité Quotidienne votée 2 mois après les attentats du 11 septembre 2001 étendait le champ d’application de ce fichage aux atteintes graves et volontaires à la vie de la personne (crimes contre l’humanité, homicides volontaires, proxénétisme, torture) et aux atteintes aux biens accompagnées de violence. La Loi sur la Sécurité Intérieure mise en place en 2003 par Nicolas Sarkozy intègre la quasi-totalité des crimes et des délits. Et aujourd’hui on se fait systématiquement prélever son ADN en situation de garde à vue mais aussi couramment pour un vol en supermarché ou lorsque l’on est entendu comme simple témoin lors d’une enquête. Le prélèvement génétique est également une contrainte incontournable pour tout prisonnier.

Les données génétiques sont conservées de 25 à 40 ans. Tout refus de prélèvement constitue un nouveau délit passible en lui-même de 1 an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende. Il peut être suivi d’une nouvelle convocation pour prélèvement génétique, et cela...indéfiniment. En mai 2007, le Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques (FNAEG) comptait près de 480 000 « profils génétiques ».
Cette évolution est significative de la politique actuelle de fichage généralisé de la population et de criminalisation des opposants au nom de la « sécurité ». Elle dénote en outre un dérapage vers une forme de « bio-politique » qui tend à réduire les citoyens à des « profils génétiques ». Cette tendance est porteuse des plus graves dérives anti-démocratiques.

Les refus de prélèvement se multiplient. Encore trop rares, ils sont à soutenir, au même titre que les politiques alternatives au fichage biologique des populations. La non-violence politique passe par le refus d’un contrôle généralisé et par la pleine reconnaissance de l’humanité de chaque personne.

Nous ne pouvons nous satisfaire de l’extension du contrôle génétique à des actes de désobéissance civile, que leurs auteurs entreprennent dans le but de faire évoluer la loi, au nom de l’intérêt général, pas plus que nous ne pouvons accepter le fichage des auteurs de délits : la suspicion généralisée ne peut qu’entraîner de graves dérives, qui remettent en cause les fondements même d’un état démocratique. Conscients que tout fichier de ce type porte en lui son extension, sa généralisation, et, donc, ses propres abus, nous ne pouvons qu’interroger les vertus démocratiques du fichage génétique dans son ensemble. En l’absence de mécanismes clairs et rigoureux prévenant toute dérive, nous demandons l’application d’un principe de précaution suspendant toute forme de fichage.

Contact presse : Chloée Foyer-Albaret – 01 45 44 48 25



En librairie