Communiqué du 11 avril 2012

Tueries de Toulouse et Montauban

par MAN Lyon

Il portait un nom : Mohamed Merah. C’est une personne humaine qui a tué et qui a été tuée. Pas « un monstre », mais un criminel, un assassin dont la pensée a été pervertie et par les influences qu’il a reçues et par sa propre histoire qui fut une suite d’échecs. L’épouvante qui nous a touchés au plus profond de nous-mêmes, en particulier quand des enfants ont été exécutés, quand nous avons appris que des Juifs étaient sciemment visés, nous obligent à chercher les causes réelles de cette horreur si nous voulons les éradiquer.

Ce n’est pas l’Islam qui est en cause même s’il faut toujours s’interroger sur les fanatismes qu’engendrent toutes les religions. Les prétextes fournis par Mohamed Merah lui-même, au cours des « négociations », quand il fut encerclé, tout à la fois sont infondés et reposent sur des réalités : les meurtres de civils, y compris d’enfants, en Afghanistan et en Palestine. Mais l’assassinat d’innocents ne souffre aucune justification.
Ce n’est pas l’immigration qui est en cause. L’origine algérienne de l’assassin n’a rien à voir avec son comportement ! Il serait trop facile de tout faire reposer sur les épaules de cet « individu », (comme disent certains commentateurs), cet homme jeune, un Français né en France, qui a sombré progressivement dans une violence exacerbée conduisant à la mort, la mort donnée puis la mort reçue. Tous ceux qui l’ont approché, éduqué, contrôlé, emprisonné, surveillé, oublié, ont leur part de responsabilité dans cette « banalisation du mal », cette fabrication du meurtrier, cette construction d’une machine à détruire.
La violence ultra médiatisée, dont on a fait un spectacle permanent et vide, durant des heures et des heures, au moment de la découverte du lieu où s’abritait Mohamed Merah, renvoie aux images sanglantes que déversent, sans relâche, la télévision, le cinéma et les jeux vidéo, lesquelles constituent des modèles fascinants notamment pour les esprits les plus faibles.
Il est beaucoup trop facile de se procurer une arme : trafic trop peu réprimé, vente trop peu encadrée, permis de port d’arme trop souple... Les outils qui tuent donnent l’illusion de la puissance et les marchés de l’armement, officiels ou parallèles, font le reste : nous vivons dans un monde où l’on veut faire reposer la loi et la justice sur la force. La conséquence en est que les insensés, qui veulent faire justice eux-mêmes et se donnent à eux-mêmes des lois, parfois faussement religieuses, s’arment et risquent de se perdre dans la vengeance et la haine.
Il n’y a hélas, rien d’exceptionnel dans cette guerre que l’homme se fait sans cesse à lui-même, et le caractère brutal, choquant, insupportable des événements survenus en France, ne doit pas masquer que le monde entier subit, chaque jour, des crimes semblables. Les commentaires à jet continu des médias, durant la période sensible, prendront vite fin et les questions resteront sans solution si les citoyens ne s’en soucient que par compassion.
Allons-nous accueillir, enfin, nos compatriotes, nés ailleurs où enfants d’immigrés, qui sont reclus dans des quartiers où règnent la désespérance et l’inutilité ? Allons-nous cesser de prétendre défendre les droits de l’homme au bout de nos bazookas, en Afghanistan ou ailleurs ? Allons-nous supprimer les appels au meurtre des inconscients qui s’en prennent à Israël au lieu de s’en prendre à la politique d’Israël, dangereuse pour tous les Juifs du monde ? Allons-nous, enfin, quitter cette doctrine selon laquelle les fautes ne sont jamais dues qu’à la responsabilité individuelle de ceux qui commettent le pire ?
La non-violence n’accepte pas cette moralisation sans éthique qui nous mettrait à l’abri de nos responsabilités.

Jean-Pierre DACHEUX



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