Une si belle rencontre le 23 mars En faisant scintiller notre lumière, nous offrons aux autres la possibilité d’en faire autant » Gandhi

(actualisé le ) par MAN Vitré

La parole experte est celle de ceux qui vivent la situation

Nous avions souhaité, dans le cadre de la Quinzaine « Nouvelles solidarités face à l’exclusion et la précarité », associer les personnes directement concernées. Cela a pris du temps…
- Offrir la parole aux personnes qui vivent l’exclusion et la précarité les fait « s’inclure » et nourrit le besoin de reconnaissance et de se sentir important, se sentir exister dans le regard de l’autre. reconnaître si l’écoute est réelle et empathique
- Ne pas « trier » parmi les types d’exclusion afin que les uns et les autres puissent sortir d’un possible enfermement ou isolement dans leur souffrance et leur problématique. Quelles qu’en soit les causes, la souffrance due au rejet, au jugement, à l’humiliation, à l’exclusion est de même nature. Se croiser , s’écouter, permet de se comprendre mieux sans entrer en concurrence. Ce mécanisme de concurrence est un levier sur lequel appuient certains courant politiques populistes en opposant par exemple les français et les « étrangers »..
- Nous avons opté de passer par les associations de solidarité du Pays de Vitré.

Midi : en guise d’apéro : un exercice coopératif pour faire connaissance.

Plusieurs associations sont déjà présentes et le repas partagé a été abondant, varié et délicieux. Nous avons même pu déguster des plats irakiens. Plus de 30 personnes sont là. Et tout le monde s’accorde pour faire la vaisselle et ranger la salle.

14 heures, la « table ronde commence : 9 associations et jusqu’à 50 personnes.
Une fois tout le monde assis, Pierrot Des Roulottes, notre « crieur de Rue » monte sur son tabouret et invite chacun à prendre sa chaise pour se mettre en rond et faire une « vraie table ronde ». Concrètement, nous abolissons les hiérarchies et la situation dominant/ dominé, spatialement.
Christian Lucas, le régulateur donne le cadre et la parole : 15 minutes pas association : 4 d’abord, échange, pause et deuxième table ronde. Les échanges se poursuivront jusqu’à presque 18 heures.

Qui êtes-vous ? Vous faites quoi ? Pour qui ? Comment ? Difficultés, espoirs… Parole aux « adhérents » si possible.

- APUI : L’association APUI - Aimer, Partager, Unir les Initiatives - a été créée en juin 2015. 
Elle aide à l’organisation de l’accueil de familles ou de personnes isolées, réfugiées, ou de toute autre personne en détresse ou exclue. 
Concrètement, elle accueille des familles irakiennes yézidis persécutées par Daech et les accompagne dans leur intégration en France : apprentissage du français, démarches administratives, et logement quand c’est nécessaire.

Les bénévoles présentent leur association puis donnent la parole à Khaleel et Bassyma : réfugiés yézidis. Nous apprenons qu’au cours de leur histoire, ils ont subi 74 génocides… Ils ont été jusqu’à 82 millions et ne sont plus qu’un million. Ils ont fui Daesh. Tous les yézidis sont dans des camps ou exilés. L’émotion est forte et accueillie.

« Nous sommes partis pour vivre »
« Dans nos coeurs quelque chose est cassé »

- Ose ta vie : Ose ta vie propose à des adultes en situation de handicap mental de faible à moyenne autonomie de vivre au sein d’un petit collectif, au cœur de Dinan. Tout en bénéficiant d’une prise en charge de qualité et sécurisée 24/24 7/7. La maman de deux enfants adultes handicapés, qui eux ne peuvent parler, s’exprime :
« Un grand parcours du combattant. Avoir de la place ne suffit pas. Je dénonce l’ennui dans les centres, avec des handicapés qui finissent en dépression, ou développent des troubles du comportement. Quand ils ne peuvent pas parler et qu’on voit qu’ils ne vont pas bien, tout nous passe par la tête. Vous imaginez nos angoisses... » Ils ont besoin d’être inclus, participer aux tâches du quotidien, aller à la piscine, dans les magasins, faire des randonnées avec tout le monde.. ». Alors nous imaginons d’auteres solutions malgré l’inquiétude de quitter le « confort » institutionnel.


- Strata’gem : Les GEM sont des Goupes d’Entraide Mutuelle, Introduits par la loi « handicap » du 11 février 2005, les groupes d’entraide mutuelle (GEM) sont des dispositifs visantl’égalié des droits et des chances. Le GEM, est un collectif de personnes qui s’organise sous la forme d’une associative Loi 1901.
Strata’Gem accueille des personnes en fragilité psychique et/ou isolées.
Les adhérents conçoivent des projets et sont acteurs de leurs réalisations, s’impliquent dans la prise de décisions en participant activement au fonctionnement de l’association. Strata’ GEM est avant tout un lieu de convivialité. Afin de reprendre confiance, de se sentir en sécurité, se remettre en mouvement, être autonomes. Ce sont eux qui décident de leurs activités, de leur planning et ce sont eux qui sont président.... Là ils viennent de faire un film, qui sera diffusé publiquement. Ce sont toujours des activités d’inclusion. L’an dernier un flash mob sur la place de la gare !La création artistique favorise leur image face aux autres : le regard change et cela procure de la fierté. Animatrice et adhérents parlent :

« Ce sont d’abord des personnes, non réductibles à leur fragilité ou leur maladie »
« il s’agit de développer la pépite qu’est l’autre »
« Montrer de quoi on est capable »
« On se sent observés »

- Le relais pour l’emploi, association intermédiaire. Grâce à ses 4 structures d’insertion, l’association « Le Relais pour l’Emploi » permet à chacun de construire progressivement son parcours d’accès à l’emploi durable. Il a 4 structures d’insertion : le Relais pour l’Emploi, Le Pays fait son jardin (jardin biologique avec vente des légumes et formation), le Parc Mob, pour aider à la mobilité, l’Atelier qui propose des activités à vocation sociale pour favoriser l’échange et le partage sur les Pays de Vitré et Retiers.
« Insertion : le mot fait peur et entraîne des étiquettes. Divers parcours, après des chocs de vie : licenciement, santé, personne d’origine étrangère ou handicapée… . Quand on a épuisé le chômage et le RSA : c’est la chute, on se casse la figure. Trouver, identifier et croire dans les ressources de chacun afin d’aller vers un emploi pérenne. L’objectif ; qu’ils nous quittent ! »

« On relève la tête quand sur son CV, on peut mettre autre chose que Relais pour l’emploi »
« Repérer les freins chez la personne, c’est important. c’est comme une carie : si on ne s’en occupe pas, ça finit mal ! »
« Personne ne dit : 580 euros de RSA : chouette ! »

Angélique nous parle de son parcours après 12 années de galère et de peur : descente aux enfers (problèmes familiaux, handicap..)
« Trouver au bout du boulot au bout de 12 ans, c’est comme avoir gagné au loto ! »
« Ça fait drôlement du bien de ne pas être pris pour un numéro »
« On a besoin d’humain pour s’en sortir. »

Débat…
Problèmes de financement… De coordination entre les structures… Exemple, il existe un service de taxi pour les personnes vivant en milieu rural et isolées ou sans moyens de locomotion : ils ne fonctionnent pas les jours d’ouverture des Restos du cœur….
Des questions sont posées au conseiller régional présent.

Pendant tout ce temps, chacun a pu écrire un mot, bref, après ce qu’il a entendu, que peut être il n’ose pas dire tout haut, ou qu’il a sur le cœur, et le déposer dans la boîte à lettres de Pierrot des Roulottes.
Celui-ci les crie… Moment fort dont ressort le mot « humanité »

Après la pause café, petits gâteaux… et le départ de quelques personnes plus fragiles qui ne peuvent rester tout l’après-midi… deuxième écho des associations.

- Dignité cimetière. Le Collectif Vitré Dignité Cimetière a démarré en 2009. Il a pour but de permettre aux personnes de la rue ou démunies de ressources ou isolées d’avoir une sépulture
digne et d’être entourées, en lien étroit avec le Collectif de Rennes. Quelques membres du Collectif vont à la rencontre des gens de la rue. Ces rencontres permettent à ces personnes de leur signifier qu’elles sont dignes d’intérêt. Ces échanges avec eux leur donnent la possibilité d’être reconnus, de pouvoir parler, parfois d’exprimer des souhaits. Le premier contact se fait le plus souvent par un regard bienveillant, un bonjour, un sourire.

Robert SDF raconte : « Un jour j’ai été choqué dans le cimetière de Pocé de voir des monts de terre. Les monts de terre c’est pour les chiens » . Il a rencontré une femme sur Vitré avec qui il a créé « Dignité cimetière » Il s’agit d’accompagner les personnes qui n’en ont pas les moyens ou qui sont isolées pour avoir une sépulture digne. Toutes les semaines, tournée des rues à la rencontre des SDF. Enrichissant. Contrat avec la ville de Vitré.

« Ceux qui font la manche attendent un sourire, qu’on les regarde »
« Prendre le temps de discuter : qu’ils sachent qu’ils existent, qu’on s’intéresse à eux »
Ils sont très solidaires entre eux.
« Changer notre regard sur l’autre »
« C’est ça qui fait vivre l’autre : le regard qu’on porte sur lui ».
« Un sourire, ça coûte moins cher que l’électricité, mais ça donne plus de lumière »

- Les restos du cœur. Association caritative, reconnue d’utilité publique existant au niveau national, sa démarche est tournée vers l’insertion et la réinsertion de publics fragiles. Avec une aide alimentaire comme base, qui permet d’approcher de façon positive des personnes en rupture.
Le but est de redonner confiance en eux, aux personnes, quand c’est possible, et les aider à se tourner vers une reconstruction et une réinsertion. Il existe une grande variété dans ce public. Certains devront être aidés longtemps sinon à vie, en particulier les personnes en situation de handicap plus ou moins prononcé ou les retraités pauvres. Il y a également des étrangers en attente de droit au travail, des personnes de tout âge et de parcours très variés. Les aides ne sont pas uniquement alimentaire, il en existe une plus grande variété, qui va de l’aide à l’apprentissage du Français, l’accueil autour d’un café, départ en vacance et une sortie en été pour ceux qui le veulent. Une aide à certaines démarches, en particulier le micro crédit. Aide et conseils juridique, aide à la recherche d’un emploi, nous encourageons toutes les personnes à rester en contact avec les assistants sociaux, et j’en oublie sûrement. Les bénévoles sont formés et font au mieux de leur possibilités. Les besoins sont nombreux et nous pouvons être parfois un peu démunis devant certaines situations.

Reprendre confiance, accueil inconditionnel.
Être accueillant sans regard de pitié : « se méfier de soi ». Aide globale. Sur Vitré plus 200 personnes demandent de l’aide, dont beaucoup n’ont pas le droit de travailler alors qu’elles le veulent. Éviter que les Restos deviennent un « monde de vie »
« Un bénévole vient pour lui-même d’abord, car ça lui fait du bien, ça l’intéresse ! »

 - Loisirs Pluriels. "Handicapés ou non : Ensemble pour vivre, jouer et grandir ! » Créée en 2001, l’association Loisirs Pluriel s’est donné pour but de :
- développer l’accès aux loisirs des enfants en situation de handicap- permettre à leurs parents de bénéficier comme tous les autres, de modes d’accueil en complément de l’école ou de l’établissement pour maintenir leur emploi ou bénéficier de temps de répit
- favoriser dès le plus jeune âge le partage et la rencontre entre enfants handicapés et valides."
Enfants valides et non valides ensemble. Encadrement spécifique, formé. Parfois le manque de formation sert de prétexte pour refuser les enfants dans les Centres de Loisirs. Pour eux : exclusion des loisirs mais aussi sociale : parents, le plus souvent les mères, qui arrêtent de travailler, restriction des budgets (taxis transports… ça coûte…) les parents n’ont pas de temps pour eux. Loisirs Pluriels c’est aussi la possibilité pour les parents d’avoir un peu de temps pour eux-mêmes.
Une richesse incroyable pour les enfants valides de vivre avec d’autres : ils réalisent qu’ils ne sont pas si différents d’eux.
On se bat contre les discriminations : difficultés , recherche de fonds, c’est jamais acquis : matériel, formation, locaux mal isolés…
En Norvège, si un enfant est handicapé, toutes les portes s’ouvrent d’emblée : il est prioritaire partout !
En France de nombreux problèmes administratifs également : changer de département peut signifier repartir à zéro pour tout le dossier ! Comme si le handicap s’en allait avec le déménagement !
Ou bien refaire le dossier tous les ans même pour ceux qui ont une maladie à vie, incurable…
Ces parents et ces enfants sont « extraordinaires, ils ont beaucoup à nous apporter »
. Ils préparent un spectacle qui sera donné au Centre Culturel

Secours Catholique. « Y être a changé mon regard » Écoute...Enrichissement..
« Un petit coup de pouce peut permette de se remettre debout. »
« On est là pour donner du bon temps . C’est essentiel »
« Une bonne bosse de rire, ça fait du bien ! »

- Centre Social.Un foyer d’initiatives portées par des habitants, appuyés par des professionnels, capable de définir et de mettre en œuvre un projet de développement social pour l’ensemble de la population du territoire. A ce titre, l’association met en place des actions, notamment de loisirs, en direction de divers publics (petite enfance, enfance, adultes et seniors). Un effort est dans la tarification pour que chacun en fonction de ses moyens financiers puisse avoir accès à des activités de loisirs.
Dans une dynamique de co-construction avec les habitants, certains projets voient le jour en fonction des envies ou besoins (ex : sortie bus avec les seniors), d’autres voient leur visage modelé à chaque édition (ex : Fête de Toutes les Couleurs). L’objectif est de donner la parole à des publics qui ne l’ont pas nécessairement et de les accompagner dans la réalisation des projets.
Le Centre Social porte également des activités de solidarité, très ancrée dans l’histoire de l’association telle que la Boutique, la Boutique Saint Nicolas et les Bourses puériculture, permettant à des personnes ayant de faibles ressources d’acheter en toute dignité des vêtements, des jeux et jouets. Ces actions donnent l’occasion de répondre à un besoin et de rencontrer ce public et de l’amener vers d’autres activités.
Le coeur du métier : l’animation.
Un mot central cet après midi : engagement
Débat après avoir entendu Pierrot des Roulottes à nouveau. Ses « cris » sont repris ci dessous.
L’après midi s’achève par un appel à l’aide de Bassima, pour tous les yézidis restés dans des camps ou… Les émotions sont fortes et Christian nous invite à tous nous tenir la main avec elle et son frère, en silence.
A nouveau des questions sur les incohérences administratives, auxquelles le Conseiller régional a bien du mal à répondre.
Des questions plus précises arrivent entre asso. Des liens se sont créés. Une connaissance accrue et des coups de main vont peut être se faire, par exemple pour le transport de Kévin…

Christian conclut, rassemblant le coeur de cet après-midi de vraie rencontre :
« engagement dans la relation humaine », car « parler ne fait pas cuire le riz », « passer de la solitude à la solidaritude », « envisager l’autre au lieu de la dévisager »., "devenir auteur et acteur de sa vie », « quand la rencontre se fait de coeur à coeur et d’âme à âme, l’autre devient un hôte »...

La moitié des personnes était des « adhérentes », « bénéficiaires »… Et ils ont pris la parole !!!
Plusieurs associations demandent à ce que ce type de rencontre soit renouvelé tous les ans. Pari gagné !

Pierrot distribue à chacun un poème venant du « cabinet de poésie générale »,
« En faisant scintiller notre lumière, nous offrons aux autres la possibilité d’en faire autant » Gandhi
Nous terminons par le texte : « le porteur d’eau », conte hindou.



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