Violences à l’école, vigilance oui, récupération, non !

Le Président de la République a présenté une série de mesures destinées à lutter contre les violences à l’école.

Les violences avec armes et les agressions spectaculaires suscitent légitimement émotion et indignation, et doivent être fermement sanctionnées. De nombreux témoignages évoquent l’augmentation des incivilités quotidiennes qui dégradent le climat de travail, les relations entre enseignants et parents d’élèves qui se tendent, les harcèlements qui se multiplient. Les difficultés socio-économiques des familles, l’emprise des publicités et des scènes de violence médiatisées, le système narcotrafiquant, sont autant de causes de violence et de perte de repères, et cela rejaillit en partie sur l’école.

La politique répressive et sécuritaire ne résout pas ces problèmes de société.

Pour ce qui concerne l’enseignement lui-même, la formation des maîtres doit mieux préparer à la conduite de classe, à la prise en compte de la diversité des élèves, au travail en équipe et en partenariat... L’exercice d’une nécessaire autorité allie fermeté et bienveillance, rappel et explication des règles non-négociables, implication des élèves dans l’élaboration de certaines règles de vie. Cette autorité éducative est basée sur la mise en confiance des élèves et non sur la menace, la mise en projet et non la passivité, elle vise l’adhésion plus que la soumission. Les programmes doivent davantage prendre en compte l’éducation à la non-violence et à la paix, comme le réclame depuis plusieurs années la Coordination française pour la Décennie, à laquelle adhère le MAN. Cette éducation est fondée sur l’écoute et l’accompagnement de personnes appelées par leur nom, considérées avec leurs besoins et leur potentiels particuliers. Elle utilise la médiation et la régulation non-violente des conflits, favorise la responsabilisation des élèves au sein de l’école, contribue au développement de leurs compétences psychosociales, dont la solidarité.
Les incivilités doivent être sanctionnées. Exiger que les téléphones portables soient éteints en classe, cela va de soi. Garantir les droits et la sécurité de chacun est indispensable pour que l’école reste un lieu de vie éducatif. La sérénité est une condition nécessaire à l’apprentissage. Mais contrôler, par portail électronique et vidéo-surveillance, l’ensemble des élèves comme autant de délinquants potentiels et anonymes est irréaliste et risque d’induire un climat de guerre entre adolescents et adultes. Banaliser l’intervention de forces de police dans les établissements scolaires nous paraît dangereux.
Le dialogue familles-écoles doit être favorisé, sur la base de responsabilités clairement établies, dans une perspective de coude à coude plutôt que de face à face. L’aide à l’autorité parentale doit être soutenue dans les quartiers et les campagnes, pour que les parents se sentent capables de protéger leurs enfants et de les aider à grandir .

Un débat national rigoureux qui s’appuierait sur les nombreuses expériences positives, pourrait inspirer une réelle politique éducative.

Contact presse : Lore Bolliet – 01 45 44 48 25



En librairie