Le manifeste du MAN Texte fondateur du mouvement

(actualisé le ) par Serge PERRIN

Le MAN s’est crée autour du Manifeste pour une Alternative Non-violente. Charte de nos valeurs, ce texte évolue au fil des années.
Lors du Conseil Inter Groupe de juillet 2021 nous avons validé une nouvelle version.

Manifeste pour une Alternative Non-violente

I - Le refus de toutes les violences

Nous refusons la fatalité des violences qui semble peser sur l’Histoire. Mais au-delà du rejet de ces violences, nous voulons développer une culture de non-violence, respectueuse de chacun des humains et de leur environnement. Cette volonté nous engage dans la dynamique et la pratique de la non-violence.

II - Identifier et nommer la violence

La violence prend des formes différentes :

  • les violences structurelles, infligées par des structures politiques et économiques injustes, qui se manifestent dans le tissu social et sur l’environnement,
  • les violences culturelles, résultant de l’ensemble des valeurs, usages, croyances et rituels qui prédisposent à la violence et la banalisent,
  • les violences directement plus perceptibles, qui se traduisent par des atteintes physiques, psychologiques ou sexuelles. Elles sont principalement la conséquence des violences structurelles et culturelles. Elles peuvent être aussi la conséquence d’une incapacité à réguler ses émotions. L’être humain n’est pas violent ou non-violent par nature. Il a en lui à la fois l’aspiration à des relations non-violentes et la tentation de la violence.

Le recours à la violence peut être mis sur le compte de l’intention de nuire, de l’expression de pulsions ou d’une tentative de répondre à des besoins. Il peut aussi être présenté comme le moyen de défendre la liberté, de combattre l’injustice, ou de sauver l’humanité de la menace environnementale.
Nous ne situons pas sur le même plan toutes les violences, quelles qu’elles soient et d’où qu’elles viennent : la violence utilisée pour maintenir un état de domination et d’inégalité, et la violence d’opprimés s’efforçant de conquérir ou de restaurer leur dignité et leur liberté. Nous ne jugeons pas les personnes qui ont choisi cette dernière voie, en prenant pour elles-mêmes les plus grands risques, mais nous ne cautionnons pas leurs méthodes.

III – La non-violence, un engagement et un choix de vie

Nous comprenons pourquoi certains groupes réagissent à l’injustice par la violence, mais nous pensons qu’il n’y a pas de bonne violence et qu’à long terme, la non-violence est plus efficace que la violence. La non-violence ne saurait se limiter au seul refus des moyens violents : elle implique la recherche et la mise en œuvre de méthodes visant une réelle efficacité.
L’engagement dans la non-violence nous oblige à mettre en lumière les mécanismes qui engendrent la misère, l’oppression, la concurrence, l’injustice, la destruction environnementale et sociale et la violence.

IV – La non-violence, un projet politique

Le combat non-violent implique une attention à la dimension politique des événements. Il exige une information permanente, une analyse politique et économique rigoureuse, un projet politique, l’élaboration et la mise en œuvre de méthodes d’action spécifiques. Si l’implication dans la non-violence nous amène à contester les différentes formes d’exploitation et de soumission, il est nécessaire de proposer des programmes constructifs de transition et de transformation vers une société plus juste et durable. Ces propositions prennent en compte la capacité d’autonomie et de responsabilité des individus et des groupes.

V – La non-violence en action

L’action non-violente vise à interpeler et convaincre l’opinion publique et les protagonistes des conflits. Elle vise à transformer nos sociétés vers un bien-vivre pour toutes et tous. Pour cela, elle entend d’abord épuiser les moyens de persuasion. Si nécessaire, elle n’hésite pas à recourir à des moyens de pression et de contrainte qui, tout en respectant les personnes, visent à faire évoluer les rapports de forces. Elle est alors la mise en œuvre d’une stratégie capable d’offrir de plus grandes chances à la justice et à la fraternité. L’action non-violente exige un accord profond entre les moyens utilisés et la fin poursuivie, une visée de réconciliation et non de vengeance, et donc le refus de toute parole ou de tout acte qui enfermerait l’adversaire dans sa propre violence et lui offrirait un prétexte pour la justifier.

VI – La non-coopération

La résistance non-violente commence par la non-coopération ou la non-collaboration avec les individus, les institutions ou le système qui génèrent les situations dénoncées. Ce principe se fonde sur l’analyse suivante : la force des injustices dans une société vient de ce qu’elles s’appuient sur la coopération plus ou moins consciente de la majorité des membres de cette société. Par l’organisation d’actions collectives, nous visons, non pas la prise du pouvoir pour le peuple, mais l’exercice du pouvoir par le peuple. Ce principe conduit à des actions de rupture avec le « désordre établi » pouvant aller jusqu’à la désobéissance civile, lorsque toutes les possibilités offertes par la loi ont été épuisées en vain.

VII – La non-violence, conflits, guerres et défense

Les guerres ne sont jamais des solutions. Elles engendrent des problèmes supplémentaires avec leur cortège de souffrances, d’exactions, de traumatismes et de désir de vengeance. La non-violence s’efforce de rechercher les moyens d’une défense civile non-violente qui permettent à la population, en cas d’agression, d’organiser une véritable résistance en cas d’agression et d’assurer sa sécurité. Le MAN condamne la stratégie de dissuasion nucléaire et la prolifération qui en résulte. Il demande le désarmement nucléaire de la France, non conditionné à l’obtention d’un accord multilatéral.

L’Intervention Civile de Paix (ICP) est une intervention non armée en zones de conflits, visant au moins à réduire et si possible à faire cesser la violence, afin de créer les conditions d’une solution politique des conflits entre communautés. L’ICP favorise la construction d’une paix juste et durable.

VIII – La non-violence, une économie à visage humain

Nous dénonçons l’incapacité du système capitaliste néolibéral à organiser la société selon les exigences de la justice, comme nous dénonçons l’incapacité du système socialiste étatique à l’organiser selon les exigences de la liberté. Nous dénonçons les aspects aliénants et polluants du cycle « production-consommation » caractéristique des sociétés industrielles dites avancées. La non-violence nous amène à promouvoir une organisation sociale et politique à visage humain, fondée sur une démocratie plus participative, la redécouverte d’un sens communautaire et d’une relative autonomie économique, l’autogestion des espaces collectifs, la responsabilité écologique et la solidarité internationale. Cela implique la recherche d’une meilleure qualité de vie pour tous les citoyens du monde, présents et à venir, qui prenne en compte la rareté des ressources. Le MAN dénonce en particulier le non-sens écologique que constitue l’utilisation de l’énergie nucléaire, que ce soit dans un emploi civil ou militaire.

IX – La non-violence, une transformation sociale et individuelle

La non-violence nous invite à refuser les logiques d’exclusion et à résister à la montée des extrémismes. La liberté, l’égalité et la fraternité, pour être réellement vécues en société, exigent à la fois une évolution des structures et des fonctionnements collectifs, et une transformation des mentalités et des comportements. Dans cette perspective, il est important de développer la régulation non-violente des conflits : prise en compte des émotions, écoute empathique des points de vue, argumentation rationnelle, contractualisation d’accords, définition claire des fonctions de chacun, observation des règles et sens de la responsabilité.

X – La non-violence, une dynamique

Le MAN s’efforce de réagir à l’actualité en proposant l’éclairage de la non-violence. Nous ne pouvons parler à la place des autres de leurs réalités difficiles. Mais nous nous engageons nous-mêmes en abordant les problèmes par les aspects où nos responsabilités se trouvent directement impliquées. C’est à ce niveau que nous pouvons et devons agir.

Choisir la non-violence implique de se joindre aux divers mouvements et organisations qui travaillent déjà pour la justice et la paix, en y faisant valoir le bien-fondé des méthodes de l’action non-violente.
La réflexion sur la non-violence et l’action qu’elle préconise rassemblent tous ceux qui, venant de croyances ou d’horizons philosophiques divers, désirent une vraie justice.

XI – La non-violence s’apprend et se cultive

Nous nous engageons pour :

  • une éducation non-violente conjuguant empathie et apprentissage des responsabilités envers soi, envers l’autre, et envers le cadre commun que l’on s’est donné. Cette éducation promeut l’obéissance critique aux autorités légitimes et non la soumission aux ordres arbitraires ou manifestement injustes. Elle apprend à résister aux manipulations et développe des compétences psychosociales qui contribuent à la culture de non-violence ;
  • une pédagogie active et coopérative où animateurs et participants mutualisent ce qu’ils savent déjà faire et exercent ensemble leur créativité pour faire face à des problèmes nouveaux, de façon à ce que chacun réinvestisse ce que lui enseigne la non-violence dans son milieu familial, dans son voisinage, dans ses engagements associatifs ou professionnels ;
  • des formations à la régulation non-violente des conflits qui réhabilitent le conflit comme opportunité de progrès ; les fonctionnements démocratiques et les relations de qualité concourant à l’amélioration du « vivre ensemble » ;
  • des formations aux différentes formes d’action non-violente, dont la désobéissance civile, en insistant sur l’importance du programme constructif ;
  • des formations à l’intervention civile de paix faisant une place importante à l’analyse des situations géopolitiques, à la médiation et à la régulation des émotions.

XII – La non-violence, une volonté de cohérence

Dans un souci de cohérence avec ce qu’il préconise, le MAN s’est donné une structure fédérale pour soutenir le dynamisme de groupes locaux tout en respectant leur autonomie, dans le cadre d’orientations décidées en congrès. Utilisant les nouveaux moyens de communication, les adhérents cherchent à améliorer la circulation des informations, à expérimenter des formes de travail coopératif, à organiser la démocratie participative à l’abri de la bureaucratisation. Au sein de nos instances, nous avons le souci d’aménager différents espaces de régulation des inévitables conflits.

Le MAN a le souci de porter les valeurs de la non-violence au sein même du mouvement.

Version validée le 16 juillet 2021 par le Conseil Intergroupe du M.A.N.



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